Ma vie d’écrivain maudit Chapitre 1

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Parce que l’écriture c’est mon actu et que je viens de me faire flinguer par une maison d’édition.

Aïe

 J’ai envie de partager ma douleur, mon spleen, ma soul.

Ami lecteur, confident bloguien, sache qu’il y a quelque temps, j’étais une jeune auteure en vogue, hyper branchée et sollicitée. Et oui, en novembre 2010, j’ai publié dans une grande maison d’édition nationale mon œuvre « Passage de mémoire ».

 Enfin… ma nouvelle a été publiée.

Dans un recueil collectif.

Par une asbl liégeoise.

 Oh ça va ! N’empêche que j’ai participé à une impressionnante conférence de presse à propos de mon bouquin.

En fait c’était une rencontre littéraire entre les auteurs du recueil à la librairie de l’asbl.

 Mais il y avait un journaliste du Soir, nom de nom.

Oui, c’était un des auteurs du recueil, mais c’est un détail.

 J’ai signé des autographes, moi Monsieur !

Enfin, on s’est dédicacé mutuellement le recueil.

 Néanmoins, j’ai plein de projets. Je suis en contact avec une maison d’édition parisienne de livres numériques enrichis. Enfin j’étais. Le directeur de collection vient de me conseiller de me tourner vers l’édition papier. Walrus, pour ne pas la citer, est un studio de création et d’édition de livres numériques enrichis. Sa vocation est de, je cite, proposer à ses lecteurs et clients des livres numériques innovants et immersifs, dont le texte est augmenté de contenus multimédia et interactifs. En créant une expérience de lecture nouvelle, Walrus lance l’édition sur des pistes inédites.

 Complètement insipide ce projet, n’est-ce pas ?

 Bref, après m’avoir fait retravailler mon roman pour enfants pendant  trois mois, ils me proposent de le faire éditer chez Gallimard Jeunesse. Enfin, ils me conseillent sagement de leur envoyer. Ils m’envoient à la merte oui !

Baudelaire, Rimbaud et moi

Du coup, je suis devenue un auteur maudit. J’ai les cheveux en batailles, un foulard en soie autour du cou et une redingote noire. J’ai caché une flasque de Mazarelli dans mon sac et je fume l’opium le soir dans un bouge malfamé d’Hautrage-Etat (petit bled perdu au fin fond du Hainaut).

Ressaisissez-vous Josiane

Par contre j’ai une inspiration de dingue. Je suis sur trois créations de grande envergure. D’abord, je compte continuer dans la littérature de jeunesse. En prenant le train hier pour aller me prostituer à la prison de Mons, j’ai eu une idée lumineuse : l’histoire d’un jeune orphelin, souffre-douleur de son oncle et de sa tante, qui découvre qu’en fait il est un sorcier.  Il va vivre des aventures extraordinaires dans sa nouvelle école de sorcier et  combattre un méchant dont-je-n’ai-pas-encore-trouvé-le-nom.

 Ensuite, j’ai une idée de roman pour adultes : l’histoire d’une femme de chambre immigrée qui se fait  violer par un homme d’affaire puissant dans un hôtel new yorkais. Je n’ai pas encore décidé si elle va se faire broyer par la machine judiciaire américaine,  si elle va tomber amoureuse de l’homme d’affaire ou si au final elle deviendra une espèce d’Erin Brockovich guinéenne en faisant condamner à 125 ans de prison l’homme le plus puissant du monde.

 Je pense aussi à un récit d’anticipation : je vous raconte ? Dans un lieu incertain, à  une époque indéterminée, un immense raz-de-marée se met  à envahir la terre, rayant de la carte des villages entiers.  Une centrale nucléaire est touchée, menaçant à tout moment d’exploser. Le monde entier est suspendu aux lèvres de la présentatrice du JT, au moins pendant deux semaines. Mais surgit un événement complètement inattendu qui va bouleverser les spectateurs et leur faire oublier complètement la menace apocalyptique : un mariage princier. On ne pense plus qu’à la couleur du chapeau de la reine mère, au décolleté de la belle-sœur du marié, à la destination de la lune de miel. Si bien qu’on en oublie complètement que les réacteurs sont en fusion et que tout va mal en Centralie Nucléria.

Mais là, j’ai des doutes sur la crédibilité de l’intrigue. Je n’ai pas envie de me faire refouler une nouvelle fois par un éditeur bien intentionné.

Et si je devenais critique littéraire ?

En attendant, je devrais peut-être me contenter de faire la critique des autres auteurs, ceux qui PUBLIENT. Comme cette chère Sue Bentley. Ben oui, vous ne connaissez pas Sue Bentley ? LA célèbre auteure des « Chatons magiques ». Ça c’est de la littérature de jeunesse. Un petit chat qui a des pouvoirs magiques et qui se retrouve loin de chez lui, chez les humains parce que son oncle a pris sa place sur le trône et qu’il veut tuer le petit chaton gentil.

 Demain j’envoie mon tapuscrit à Pocket Jeunesse et s’ils le refusent, je lui explose sa truffe,  au chaton magique, et pas à l’aide d’un repousse-chat électronique (oui, j’ai un repousse-chat électronique dans mon jardin, je vous expliquerai un jour). Je lui envoie des cailloux magiques, je lui fracasse la queue avec ma flasque de Mazarelli. Bon j’arrête là, une demande d’ami vient de m’arriver sur Facebook. Une certaine Brigitte B. J’ai des doutes sur ses intentions « amicales ».

 P.S. : Mon correspondant chez Walrus était Julien Simon, qui, je dois l’avouer, a été exemplaire. Les insultes, les regrets, les tentatives de suicide sont purement humoristiques.

Re-P.S. : Depuis, Monsieur Gallimard a refusé ma saga pour enfants. Frustration …

Re-re-P.S. : Pas de nouvelles de Madame Pocket. Espoir ? Je retire tout ce que j’ai dit sur les chatons magiques.

 

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