Ma vie d’écrivain maudit Chapitre 4

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TOC (traque obsessionnelle compulsive)

Haaaa les lettres de refus du Dilettante. Elles sont célèbres dans le monde des romanciers de tiroir (ceux qui ont un roman dans le tiroir, qui y reste, faute de trouver une maison d’édition).  Il suffit de traîner sur quelques blogs ou sur les forums littéraires pour s’en rendre compte.

Ça y est, j’ai la mienne et je n’en suis pas peu fière.

Moi je suis une demi-nouvelliste de tiroir : de nombreuses nouvelles primées et éditées (heuu, trois en fait), un recueil dans le no man’s land postal des tentatives éditoriales.

Pour faire le point, j’ai osé une première salve de 5. Deux éditeurs m’ont répondu (Luce Wilquin et le Dilettante) après un mois d’attente fébrile :

6h27, après 3 abattages du rappel des 9 minutes sur mon réveil : rien dans ma boîte aux lettres. Trop tôt, le facteur dort encore.

6h40 : Mon téléphone est à 98 % de batterie. Ok

6h42 : rien sur yahoo.fr, rien sur gmail, rien sur gandimail, ….

7h : Boîte aux lettres

7h20 : meeeeeeeeeeerde, mon téléphone est sur silencieux… Han non, il sonne. C’est qui  c’est qui ? Ma mère ! Elle veut savoir si je passe manger de la ratatouille ce soir. C’est une blague ?

7h24 : faut que je parte

Vous multipliez l’espace-temps entre 6h27 et 7H24 par 10 et vous avez un aperçu plus ou moins réel d’une journée d’écrivain de tiroir.

NON !

Luce Wilquin, c’est fait, j’ai déjà déversé mon désespoir ivrognesque.

Le Dilettante mérite un article à lui tout seul, voire un blog, voire un roman.  Tout d’abord, présentons cette maison d’édition qui se revendique anarchiste. C’est d’abord une librairie parisienne où l’éditeur-libraire cuve sa mononucléose derrière le comptoir. Traduisez : quand j’ai déposé mon « projet » (on ne dit pas « manuscrit », mais projet) en mains propres, Monsieur  Dominique Gaultier dormait à côté de sa caisse. C’est vrai, lire 15 manuscrits projets par jour, ça épuise.

 En visant le Dilettante, j’ai eu un doute. Je savais que la maison était acerbe, réputée méchante envers les « wannabee » (ceux qui veulent être et qui ne sont pas encore… et qui ne seront peut-être jamais). On dit souvent que ce sont les stagiaires qui se chargent d’assassiner l’auteur amateur, histoire qu’il ne recommence pas ses conneries. Panpan cucu sur le chiwawa !

Mais en bon écrivain prétentieux, plein d’espoir et de naïveté, on se dit qu’on n’est pas comme les autres, qu’on a peut-être une petite chance.

Haaaaaa

Haaaa la petite chance. Comme si tous les aspirants en littérature ne croyaient pas l’avoir, cette petite chance, moi la première.

Comme promis, la réponse est arrivée vite et bien : moins d’un mois. Je vous la livre à sec (enfin, je sens que je vais m’imbiber très vite. Aujourd’hui, soyons fous, je me saoule au tiramisu).

                   M.lle,

                   Nous avons lu votre manuscrit, qui n’a malheureusement pas retenu notre attention.

                   «  Les nouvelles offrent trop souvent les mêmes types de personnages décadents.  Une prose bien triste. Vous gagneriez en substance à porter un regard, non pas moins noire, mais plus large sur le monde environnant »

                   Nous vous proposons de vous le réexpédier par voie postale à réception de la somme de 10 euros blablabla…

Signé Le service des manuscrits Hélène Voisin.

Vous vous dites : « elle a fait une faute, Isa, faut pas de E à noir ! ».

La faute est dans le texte !!! Ça c’est une vengeance basse et puérile : traquer la faute d’orthographe. ET IL Y EN A UNE, HELENE VOISIN, HA HA HA HA !

Commerce oblige : le courrier est accompagné d’un bon de commande. Véridique ! Comme si une scribouillarde guillotinée avait encore la tête à lire d’autres auteurs publiés, eux ! (Vous voyez que je suis fun, Hélène, je fais des jeux de mots).

Entre guillemets (ceux que j’ai mis plus haut), le texte écrit à la main qui s’insère dans la lettre-type.

Mon cœur balance…

J’hésite : rire ou me suicider.

Rions d’abord : visiblement, Hélène a lu en diagonale. Certes, la plupart des nouvelles sont mélancoliques, cruelles, noires, appelez–les comme vous voulez. Mais pas seulement. On rit beaucoup aussi : ce n’est pas moi qui le dis, ce sont mes lecteurs. Ouiiiiiiiiiiiii, mes lecteurs ne sont pas objectifs (mon chéri, mes copines, …). J’ADORE MES LECTEURS PAS OBJECTIFS. Le premier qui touche à mes lecteurs pas objectifs, je lui envoie une lettre du Dilettante.

Ensuite, pourquoi pas ? C’est tout à fait ma démarche : un petit monde à décrire où se déroulent des tragédies plus grandes que nos cages d’escaliers et qui côtoient parfois la légèreté absurde ou la magie du hasard. Oui j’accepte l’avis de cette pauvre Hélène, pour la moitié de mon recueil (celle qu’elle a lue … à moitié). J’élargirai mon regard dans une autre œuvre, de tiroir ou pas.

J’avance, je tiens compte, je cogite.

En attendant, je vise l’indigestion mascarponienne et le coma éthylique avec mon tiramisu. Puis je me suiciderai. Ou pas.

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  1. Ce blog me rappelle celui de Lewis Trondheim [le dessinateur]: en ouverture, on a droit à une lettre de refus qu’il a reçu avant de devenir hyper célèbre et d’avoir obtenu 10.000 prix au festival d’Angoulême…

    Un jour aussi tu foutras la honte à Hélène Voisin !

  2. Bonjour,
    Bravo pour votre blog, amusant et léger.
    En début d’année, j’avais envoyé mon roman aux éditions le dilettante. J’ai reçu la réponse d’Hélène Voisin. En gros, mon cas était désespéré. Bien qu’excessive (elle avait raté beaucoup d’aspects intéressants), sa critique m’a interrogé. Je me suis remis en cause, ai amélioré certains points soulevés, retravaillé le style et certaines lourdeurs.
    En septembre, cinq jours après avoir envoyé mon nouveau manuscrit à un éditeur (compte d’éditeur bien sûr), j’ai reçu un coup de fil m’annonçant qu’ils étaient prêts à me publier. J’ai, depuis, signé mon contrat, l’aventure commence.
    Alors, ne vous découragez pas si vous croyez en vous (d’après ce que j’ai lu dans ce blog, vous avez du talent), mais ne négligez pas totalement les remarques négatives. Elles vous feront plus avancer que les compliments, croyez moi.
    Si vous voulez plus de détails, nous pouvons correspondre en privé.
    Bien à vous

    • Merci Bennett.
      Votre message me parle beaucoup. Je joue bien sûr sur l’humour de la mauvaise foi et du désespoir mais au fond de moi, je pense que les critiques font avancer. Justes, cruelles ou complètement à côté de la plaque, elles ont leur sens.
      Je crois en moi, mais avec beaucoup de modestie et l’envie forte d’apprendre toujours. Il faut garder une bonne dose de lucidité dans ce monde de la littérature : ne pas sombrer devant un non, ne pas décoller devant un bravo. Je le dis souvent, mais seul le plaisir me tient debout. Je garde un grand sourire au milieu de toutes ces nouvelles.
      Votre expérience m’intéresse. Je serais curieuse de lire votre roman. Envoyez-moi les références. Je tente de terminer le roman de Kylie Ravera, rencontrée sur les routes virtuelles des écrivains du net ET J’ADORE, je tiens à le préciser, mais ma vie professionnelle s’est accélérée dangereusement en ce moment, je suis débordée. Ceci dit, je vous promets de m’arrêter un moment pour votre roman.
      A très vite.

      • Mon roman sortira au premier semestre 2012. Je viens tout juste de signer mon contrat. Je peux vous en parler plus en détails, mais je préférerai le faire discrètement.

        Votre attitude est la bonne. Il faut un certain recul, croire en ce qu’on fait et éviter de s’intoxiquer la tête avec les mauvaises expériences des autres qui pullulent sur le net. Je vous assure qu’en frappant à la bonne porte, vous trouverez. Et surtout, ne vous arrêtez pas à ce manuscrit, continuez d’écrire.

        Si vous voulez un avis objectif et pointu, ce site peut vous aider. Ils sont désintéressés :

        http://www.comite-de-lecture.com/qui/index.html

        Autrement, cet éditeur est spécialisé dans les nouvelles et vous aurez l’assurance d’être lue (un ami va être édité chez eux).

        http://www.editions-dialogues.fr/

        À bientôt

      • Merci, j’irai voir tout ça. J’attends le retour des 3 maisons d’édition que j’ai contactées puis je ferai un petit point.
        Vous me parlerez de votre roman en privé alors ;-). Supersticieux ?

  3. … bon courage en effet! Au Dilettante, je suppose que le créneau « nouvelles » est trusté par une certaine Anna Gavalda.
    Pourquoi ne pas essayer en Suisse, après tout? Les Editions de l’Hèbe (à Charmey) ont, si je ne m’abuse, un pied en Belgique: elles ont édité l’un des premiers romans de Nicolas Ancion.

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  6. Ahah, moi ce n’est pas une faute, mais trois, que j’ai pu relever dans leur courrier de refus.
    De quoi calmer l’incendie, puisque ça discrédite beaucoup les maisons d’édition. Rassurant donc!

    En attendant, merci pour ces mots bourré d’humour, qui traduisent bien l’ensemble des opinions de beaucoup (je pense). J’ai pris beaucoup de plaisir, ça a égayé mon après-midi. Merci pour ça. Je me suis empressée de partager cet article avec une amie avec laquelle nous discutions du Dilettante, j’espère que ça ne dérange pas!

      • Alors de rien ^^ Toutes les personnes qui ont lu cet article ont adoré l’humour un peu ironique du ton (moi la première).
        Pour le coup, avec moi, ils ont été carrément méchants, mais heureusement, j’avais également des lecteurs encourageants, ce qui ne m’a pas fait baissé les bras. Mais je dois dire que leurs 3 fautes m’ont bien fait rire!! J’ai eu le droit à « redodant », « on s’ennuit » et la petite dernière « grâce a ».
        Oui, « Les dilettante’s deleted », c’est un très bon nom de club. Je suis sûre qu’on amasserait foule!! ^^ Et puis, bon nombre de ces auteurs rejetté ne le prennent pas avec autant d’humour, donc ça leur ferait du bien de lire cet article, à mon avis.

      • Je pense qu’il faut avoir assez de recul pour en rire, assez de modestie pour accepter un avis contraire et assez de maturité pour ne pas se laisser abattre. Pas évident, mais l’auto-dérision sauve tout. Maintenant, il faut se protéger de la méchanceté gratuite. Et il y en a parfois chez les stagiaires qui rédigent les critiques du Dilettante (ouh, c’est méchant, ça, pour le coup 😉 )

  7. Salut Isa et salut à tous: moi aussi, j’ai eu droit à ma faute d’orthographe dilettantesque: caligramme avec un seul « l ».J’avais envoyé à ces penseurs à la mie de pain un petit pamphlet sur l’Education Nationale. Ils m’ont répondu à côté de la plaque, avec la fameuse faute, et effectivement comme des épiciers de l’édition.Ma lettre de retour a été un délice de défoulement tranquille. En voici la fin: »…A l’avenir, contente-toi donc, comme tes confrères plus humbles, d’envoyer une lettre de refus type au lieu d’intercaler maladroitement ta prose manuscrite entre les lignes typographiées. Je garde mes 5 euros (oui, à l’époque, c’était 5 euros). Détruis mon recueil si ça te chante, et le bonjour à tes experts-comptables.. »
    Puisque je vous tiens la jambe, est-ce que certains d’entre vous connaissent l’Internationale situationniste et voudraient monter un club, pas des deleted du Dilettante, mais, plus excitant et plus amusant, de type post-situationniste?

  8. Propos rassurants du genre « bienvenue dans la communauté des recalés sans dilettantisme »!
    J’en suis. Deux fois. Têtue ou stupide.
    La première fois 3 fautes d’orthographes en deux lignes et une écriture de demeuré presque illisible. Contenu venimeux…
    La seconde fois, signée Hélène Voisin, une critique que j’ai acceptée avec un peu d’humilité et qui m’a servi à peaufiner l’opus.
    Seul problème, chez Le Dilettante on critique mon absence de style, alors qu’un de mes romans a reçu un accueil favorable de la critique, entre autres pour son style… et je ne m’applique pas à user d’un charabia de journaleux pour les nouvelles, j’écris à ma façon.
    Je concède cependant une qualité au comité de lecture du Dilettante : il prend la peine de répondre, même si c’est un bébé-stagiaire énervé qui s’y colle!

  9. Bonjour. On m’a proposée un travail de stagiaire au Dilettante. J’avais besoin d’argent, de prendre mon indépendance, et pour des raisons qui me sont propres, de vivre à Paris.
    Voici les conditions de travail que l’on m’a présentées :

    – Le Dilettante est ouvert d lundi au samedi inclue de 10 heures 30 à 19 heures 30 .
    Oui cela fait 54 heures de travail hebdomadaire et personne ne m’a parlé de pause déjeuner. Laissons le bénéfice du doute à cette vénérable institution ( je suis d’une ironie mordante ) et admettons que dans leurs infinie bonté, les employeurs accordent chaque jour une demi heure de pause aux employés afin qu’ils se restaurent quelque peu, cela fait quand même 51 heures de travail hebdomadaire. Soit 204 heures de travail mensuel . Auquel il faut ajouter l’inévitable temps de transport. La librairie étant située face au Sénat, le quartier et toutes les rues environnantes sont simplement inaccessibles au commun des mortels.

    – Tout cela est payé non par un salaire mais par une indemnité de stagiaire d’environs 620 euros par mois. Quelqu’un pourrait il envoyer un code du travail à monsieur Gaultier . Le potasser l’aidera à dormir.

    – Lorsqu’il est engagé dans les locaux exigus du Dilettante, le stagiaire se voit attribuer un bureau. Je désigne ici le nom d’un meuble, pas d’une pièce . Le travail s’effectue en effet sous les yeux des collègues ,des deux supérieures hiérarchiques du stagiaire et … sous ceux des clients de la librairie. Car oui, le dilettante c’est aussi (et surtout ) une librairie d’occasion . Le stagiaire est sans cesse interrompu dans la lecture des manuscrits pour effectuer un travail de libraire : remplir les rayons, tenir la caisse … Je ne dénigre pas ce travail, il doit même représenter un agréable changement de tâche pour le malheureux … Simplement, il est difficile de conserver son attention sur un manuscrit si la lecture en est sans cesse interrompue .

    – S’occuper de la librairie et rédiger des lettres de refus personnalisées sont les seules tâches attribuées au stagiaire . C’est monsieur Gaultier et son « homme à faire tout  » qui se chargent des relations avec les imprimeurs, les illustrateurs et la presse. Donc, le stagiaire un peu ambitieux qui souhaite réellement devenir libraire, celui qui représente plus de la moitié des profils embauchés, n’apprend aucun métier.

    – D’ailleurs ce stagiaire n’a absolument aucune perspective d’évolution. Il signe une convention d’une durée de 3 mois; celle-ci peu être renouvelée une seule fois. Au bout de 6 mois de bonnes et loyales corvées, le stagiaire doit partir. Le Dilettante c’est un turnover permanent. De toute manière, le stagiaire, du propre aveux du recruteur, est soulagé de quitter ce travail répétitif et abrutissant, car, non, je ne doute pas de votre talent mais parmi tous ce qu’il a à lire, les chefs-d’œuvres n’abondent pas.

    L’entretient que j’ai passé c’est bien déroulé, le second de monsieur Gautier est très sympathique, il m’a donné une semaine pour lire,résumer et commenter un « projet » afin de me tester. J’ai pris plaisir à le faire. Finalement, j’ai reçu un mail très poli me disant que j’avais fait une excellente impression à l’entretient, que ma synthèse de manuscrit était très bonne aussi mais qu’un (e) autre candidat (e) avait été meilleur (e) . J’ai accueillit la nouvelle avec soulagement.

    Alors oubliez cette lettre et dites-vous que son autrice a une vie bien plus merdique que la votre.

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