Archives Mensuelles: février 2014

Ma vie d’écrivain maudit Chapitre 10

Par défaut

OMG ( OH MY GOD), elle est de retour.

Talalalalalala Talalalalalalaaaaaa Samba ! C’est sur un air do Bragil que j’effectue un virage à 194° vers mon blog. On me le réclame à corps, à cris, à menaces, depuis des années. JE L’AI FAIT, je suis là.

Oui je sais, SI ! JE SAIS, on écrit « à cor et à cri », mais dans mon cas, les corps se jettent sur moi en criant : ‘Un artiiiiiicle » et « à corps, à cris, à menaces » n’existe pas à priori, que je sache. Et le premier qui dit que je suis de mauvaise foi, je lui envoie mon recueil de nouvelles corrigé au bic par une lectrice de bibliothèque qui n’aime pas « la nouvelle orthographe ».

 Où c’est-y qu’elle était, Isabelle Baldacchino ?

– A la foire du livre de Bruxelles pardi !

– Pendant un an ?

Naaaaan, mais j’ai eu des trucs à faire, vous comprenez : une asbl, des ateliers d’écriture, une résidence d’auteurs, un dossier pour ma bourse de la commission des lettres, un contrôle technique… ça prend du temps vous savez, surtout que j’ai dû remplacer mes plaquettes de frein et que mon clignotant droit clignote à gauche… Comment ça, « on s’en fout » ? Non mais dites donc, Monsieur, je vous fais l’honneur de revenir, restez poli.

Où j’en étais, d’ailleurs ?

Ah oui ! Le weekend dernier, tout le monde le sait, c’était la foire du livre de Bruxelles. Autant l’an passé, j’étais la star de ma maison d’édition, Quadrature, qui comptait sur mon aura littéraire pour battre les records de fréquentions sur leur stand en sortant mon « Manège des amertumes » expressément pour la foire de 2013, autant cette année, mon horaire de dédicace donnait à penser qu’il avait bien fallu la caser quelque part la petite, elle est bien sympa avec ses joujoues toutes rondes mais c’est pas tout ça, on a du chiffre à faire, nom d’un recueil de nouvelles.

Autant l’an passé, TéléMB s’était déplacé pour faire un reportage de 15 minutes sur mon entrée en littérature, lecture en voix off à l’appui, simulation de signature avec multiples fans (mes éditeurs déguisés en fait), autant cette année, j’avais mis une crinoline et un chapeau haut-de-forme, mais personne n’a été dupe, je ne suis pas Amélie Nothomb.

Pourtant, j’ai eu de nombreuses échanges inattendus. Madame Machin ne trouvait pas le stand 234, celui des éditions du Seuil. Comme je n’avais que ça à faire, étudier le plan de la foire à l’envers à l’endroit, j’ai pu la diriger dans le bon sens de la bonne allée de la bonne salle. A Monsieur Truc qui se demandait si mon recueil convenait à des enfants de primaire, j’ai pu répondre … que non. Merci aurevoir, il est parti, pleinement satisfait de ma disponibilité.

Même mes éditeurs ont hésité en me voyant arriver : Oui, Madame ? … Ah, Isabelle, c’est toi, on ne t’avait pas reconnu avec ta … crinoline. Le chapeau, est-ce vraiment nécessaire ?

Alors, comme ils n’avaient pas le choix, ils m’ont mise entre Dominique Costermans et Luc-Michel Fouassier.

Dominique Costermans

Dominique Costermans, c’est plus de 10 bouquins, 6 prix et des nouvelles deci delà. Elle n’écrit plus depuis 2008 et cette année, elle revient avec « Petites coupures », chez Quadrature. Les gens qui passent la voir lui offrent des truffes artisanales, des cuberdons au Champagne, la regardent avec des étoiles dans les yeux et lui disent au bord des larmes : « Il était temps que vous reveniez, vous nous avez manqués ». C’est beau, elle est émue. J’espérais qu’elle soit méchante ou un peu prétentieuse, histoire de la détester. J’aime bien détester les gens qui ont du talent. Mais elle est gentille avec moi, elle est douce, elle est belle. Avec ses grands yeux bleus, sa chevelure ébouriffée et son sourire, on dirait Candy. J’ai toujours voulu être Candy. Pfffff.

Candy

Luc-Michel Fouassier

Luc-Michel Fouassier, c’est le winner de la tchatche de salon. Il a sa petite assiette, il la remplit de MM’S et chaque fois qu’un lecteur traîne devant ses « Histoires Jivaro », paf, il l’accroche :

– 100 nouvelles de 100 mots, allez-y madame, mangez un bonbon, c’est le temps qu’il faut pour lire une de mes nouvelles.

Et ça marche. La madame, elle glousse, la bouche pleine, elle ouvre le recueil. A tous les coups, elle tombe sur une de ses histoires un peu grivoises. Luc-Michel, il sourit, et tac tac badaboum, elle achète.

Luc-Michel, il repère aussi les hommes à lunettes, parce que, je vous le donne en mille, il a écrit un recueil qui s’appelle « Les hommes à lunettes n’aiment pas se battre ». Alors, il sort son test de la vue, vous savez, avec l’alphabet et les E majuscules dans tous les sens, ça glousse ensemble, entre mecs, voyez, genre, on connait bien le problème, hein mon petit bonhomme, les buées quand on vient du froid tout ça tout ça, on est des potes maintenant et tac tac badaboum, l’homme à lunettes achète « Les hommes à lunettes n’aiment pas se battre ».

Parfois on respire. Luc-Michel, il disparait 5 minutes. Puis il revient : « ça va c’est cool, j’ai vendu deux romans chez Luce Wilquin, j’suis rassuré ».

On aimerait le détester, Luc-Michel, parce qu’il serait commercial, qu’il prendrait de la place, qu’il parlerait trop fort. Mais même pas, merde ! Il est sympa, Luc-Michel. EN PLUS. Et quand il vous parle de sa femme, l’amour de sa vie, l’unique, c’est qu’il vous ferait chialer. Je hais les hommes à lunettes qui n’aiment pas se battre, romantiques et rigolos, ça devrait pas exister.

Maintenant que j’y pense, je trouve que Luc-Michel a un petit air d’Alistair (si Candy n’évoque pour vous que le jeu des bonbons sur Iphone, vous ne pouvez pas comprendre).

Alistair

Moi aussi j’ai des techniques de vente

Une fois, j’ai ramené des Chokotoffs :

– Allez-y madame. Le temps que vous le suciez, vous aurez fini ma nouvelle.

Le mari, il m’a regardé par-dessus ses lunettes, un peu lubrique, un demi-sourire aux lèvres. La dame, elle l’a regardé lui, par-dessus les siennes, furibarde. Elle a voulu m’insulter, mais comme elle avait les dents toutes noires qui collaient un peu, j’ai rien compris et j’ai éclaté de rire. Elle a jeté mon livre par terre, elle est partie, toute rouge.

Et Luc-Michel a eu le temps de vendre « Les hommes à lunettes n’aiment pas se battre » au mari à lunettes. Je suis désespérée.

Les gens

Moi, les gens quand ils viennent me voir, ils tiquent sur UN truc de la 4ème de couverture. Vous savez, là où il y a une biographie en italique :

– Vous avez un resto et vous trouvez le temps d’écrire ?

Que j’aie fait huit ans d’études (philologie romane et conservatoire compris), ils s’en tamponnent le Carambar. Tout ce qu’ils voient, les gens, c’est « patronne de restaurant ». Je leur dis que c’était dans une autre vie, que c’était une époque formidable, je ris en repensant à ce client en train de vomir sa vie dans nos toilettes, je ferme les yeux quand je ris et quand je les ouvre … le lecteur s’est barré sur la pointe des pieds. Désespérée, je vous dis.

OMD (OH MON DIEU)

A la fin de la foire tout de même, mes éditeurs sont sous le choc. J’ai vendu. Oui madame, j’ai pratiquement tout vendu. Merde, qui me dit, Patrick, mon éditeur/8 alias « le boulier », on va être en rupture de stock pour ton bouquin. Chouette, je lui dis, on devra lancer une réimpression.

Mais il a pas répondu.

Moi je veux mourir sur scèneuuuuuu…

Manquerait plus que les pandas écrivent un livre et là, je me re-suicide au Mon Chéri pour la 4ème fois. Ou je fais une overdose de Chokotoffs. Je m’étends sur tous les nouveaux recueils de Quadrature en hurlant « Tous à poil, la censure ne passera pas » (oui, c’est pas parce qu’on se suicide qu’on n’est pas engagé).

Et puis je meurs,

mon bouquin entre les mains.

C’est beau non ?

Au fait…

PS : J’aurais pu parler des retrouvailles, des rencontres, des repas partagés, des émotions, des rires, d’un récital de nouvelles, d’une lectrice de mon blog, d’un dernier visiteur magnifique, mais faudrait pas que j’ai trop l’air d’aimer ça, la Foire du livre. Et ma vie d’écrivain maudit alors ?

J’aurais pu avouer que Quadrature concocte des horaires de dédicace aux petits oignons selon les disponibilités de chacun, mais faudrait pas que j’ai trop l’air de les remercier. Et ma mauvaise foi alors ?

J’aurais pu vous parler de : Agnès Dumont, Aliénor Debrocq, Gaëlle Pingault, Calouan, Marie-France Versailles, Jacqueline Daussain, Liliane Schraüwen, Hélène Jousse, Pascale Pujol … mais faudrait pas que j’ai trop l’air de partager l’affiche. Et mon heure de narcissisme alors ?

Et pour les Français qui ne connaissent pas les Chokotoffs : 

chokotoff habillé Chokotoff habillé

chokotoff à poil  Chokotoff à poil

Publicités