Archives de Catégorie: Journal d’écriture

Journal d’écriture 2

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Doute….

Ma voici fin prête à envoyer mon manuscrit.

Je l’ai relu, pas de fautes, de belles tournures de phrases, de grandes métaphores, des histoires à couper le souffle (enfin surtout la quatrième…)

Quinze nouvelles sur nos quotidiens cruels, où l’ennui répétitif des jours côtoie l’horreur la plus sordide.

Tous ceux qui les ont lues les trouvent absolument époustouflantes : mes amis, mes parents, mon chéri, ma fille, mon chien…

Enfin… je n’ai pas tant d’amis que ça. Et ils ne se jettent pas par terre devant mon talent camusien de peinture  de la profondeur de la vie et mon sens proustien de la grammaire poétique. C’est possible, des amis pareils ?

Mes parents ? Ne l’ont pas encore lu. De toute façon, tant que je ne passerai pas à Apostrophes, ma mère n’admettra pas que je suis écrivain.

–          Ça n’existe plus, Apostrophes, maman

–          Bouillon de culture, alors ?

–          …

–          Ex-libris ?

–          Pffff.

Mon chéri ? Il adore quand j’écris, que je fais des roulés de cabillaud au gingembre, quand je range la vaisselle propre du lave-vaisselle à l’armoire, quand je change les meubles du salon de place, quand je monte une armoire Ikéa toute seule, … Objectivité sur l’échelle de Richter ? 0,5

Ma fille ? Elle ne sait pas encore lire. Tout est dit.

Mon chien ? Je n’ai pas de chien.

Alors, je doute.

Est-ce que j’ai bien fait de mettre cette nouvelle en premier ? Est-ce que j’ai laissé une faute, une coquille, un message subliminal involontaire (vite, je relis tout pour la 56ème fois). Est-ce que j’en fais assez ? Est-ce que j’en fais trop ?

Je tombe dans un vertige hitchcockien. Vous savez celui où on voit le personnage de haut, les 4 fers en l’air, happé au niveau des fesses par le tourbillon des turpitudes de son esprit dérangé, les yeux révulsés, un cri ininterrompu entre les dents ?

Ben ça, c’est ce que je vis !

Je vais arrêter de me lamenter non ? Je vais imprimer ce putain de manuscrit, le relire une 57ème fois, filer chez Copy print le photocopier en 5 exemplaires, le relier avec une spirale noire (j’aime bien les noires , moi), acheter des grosses grosses enveloppes avec des bubulles et l’envoyer !

Rendez-vous dans 6 mois pour un bilan des affaires : dépression ou champagne ?  Champagne de toute façon, vu que je suis une alcoolique notoire.

Quoi qu’il arrive, donc,

CHAMPAGNE !

P.S. : Je suis sûre que, si j’ai un commentaire, ce sera pour me demander la recette de mes roulés de cabillaud au gingembre. Alors c’est non tout de suite. Secret d’état. Bon, seulement si vous êtes ma mère alors. Sinon, c’est non.

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Journal d’écriture 1

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Spleen…

 Je viens de terminer mon recueil et je me sens orpheline. Treize nouvelles sur la solitude et la douleur de l’absence : Le manège immuable des amertumes.

J’y décèle mes thèmes de prédilection : la mère, l’amour, le couple, la violence, la folie, la vie ordinaire, l’ennui…

Je commence déjà à regarder mon œuvre (œuvre dans le sens étymologique du terme bien sûr), mon travail, comme un ovni, un objet lisse qui ne m’appartient plus.

J’y ai mis de moi, de mes fantasmes, de mes muscles aussi (quelle idée de pianoter, l’ordinateur sur les genoux, dans un vieux canapé !), de mes peurs, de mes questionnements.

 J’ai corrigé, relu, relu encore. J’ai montré chaque nouvelle à mon homme. J’ai envoyé l’ensemble à mes amis. Et je me retrouve toute seule avec la fièvre qui m’habite encore, celle qui vous empêche de dormir parce que la plus belle phrase de la littérature de ces trois derniers siècles vient de vous transpercer l’esprit, celle qui vous cloue aussi vite dans le sommeil, épuisé et qui vous nargue le matin parce que votre métaphore proustienne s’est échappée. Perdue la phrase Goncourt !

 J’ai cette sensation-là dans la nuque et la poitrine. J’ai un trop-plein de mots et des émotions à mettre en musique mais j’ai égaré mes échéances. J’ai accouché et je suis en plein post-partum littéraire. Je devrais dire en plein post-scriptum, mais l’expression existe déjà, pour autre chose.

 Voilà ce que je fais, en rédigeant cet article, la première date de mon journal d’écriture : j’écris un post scriptum, pour garder encore un tout petit bout de l’ivresse d’écrire avant la fin, avant de couper le cordon de mon bébé.

J’attendrai les commentaires avisés de ma famille choisie, puis je livrerai cette partie de ma vie aux chemins de la poste.

Allez, j’ose et demain je serai gaie.