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Petite leçon de linguistique ascensionnelle

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 Amis bloguistes et bloguiennes,

Je dois vous faire un aveu. Je suis à sec : plus rien de poétiquement valable ne sort de ma plume. Je pense alimenter prochainement les colonnes de Ma vie d’écrivain maudit, en espérant ne pas tomber dans un coma éthylique, assaillie violemment par ma flasque de Mazarelli.

Par contre, je me sens en verve olympique pour tester à tout va. Me voici donc en pleine recherche linguistique. Mon article portera sur les locutions idiomatiques, voire idiotes, les proverbes inversés et les maximes sans fondement. J’ai essayé pour vous les expressions populaires inconséquentes.

A la guerre comme à la guerre

Commençons sans plus attendre par le thème même de ce paragraphe, comme son titre l’indique subtilement : « à la guerre comme à la guerre ».

Dites, franchement, qu’est-ce que ça signifie cette expression, allez ? À la guerre… évidemment que c’est comme à la guerre. A la guerre, ce n’est pas comme dans … les pissotières avant une heure du matin (référence à  Pierre Louÿs qui a bien connu … les pissotières). Vous voyez ce que je veux dire, quoi.

Cette expression est ce qu’on appelle un « pléonasme », c’est-à-dire une répétition de ce qui a été énoncé.

Illustrations

Dans la famille « redondances inutiles », nous avons :

–          Appelons un chat un chat.

–          Je l’ai vu de mes yeux, voire « je l’ai vu de mes yeux vus ».

Je vous épargnerai le commentaire salace du style : « Tu veux le voir d’où, de ton … ? ». Non, non, non, évitons toute vulgarité dans cette rubrique, nos bloguiens sont distingués, nos bloguistes sont bath. Passons plutôt à la plus célèbre répétition tautologique animée : « J’suis la carte, J’suis la carte, J’suis la carte, J’suis la carte, J’suis la carte, J’suis la carte, J’suis la caaaaaaaaaaarte ».

 Explication

Cette auto-définition multiple a son sens évidemment. Elle permet l’identification indubitable du feuillet sautillant hors du sac à dos de Dora l’exploratrice. Mais quelle pédagogie ! Merci, messieurs les scénaristes et autres dialoguistes invétérés, « nous n’y serions jamais arrivés sans vous ».  

Notons au passage que dans la même série, au cas où il nous aurait échappé que le renard masqué s’apprête à tout moment à voler le doudou couineur de Babouche ou le ruban adhésif à paillettes (oui Dora ne dit jamais « papier collant » ou « scotch », elle hurle « ruban adhésif », « ruban adhésif », « ruban adhésif » pendant tout l’épisode où Totor se trouve dans un ballon dirigeable qui est en train de se dégonfler et … heuuuu, je vous jure que je ne suis pas fan). BREF, Chipeur, le renard donc, a droit aussi à son pléonasme patronymique, accompagné d’un formule identificatoire de ses activités illégales : « Chipeur, arrête de chiper, Chipeur, arrête de chiper, Chipeur, arrête de chiper ».

Applaudissons la manœuvre didactique.

Mais revenons à nos moutons.

Tiens, en voilà une expression qu’elle est belle. Celle-ci a une étymologie culturelle, directement héritée du Moyen-Âge, depuis La Farce de Maître Pathelin. Je n’en parlerai donc pas ici. On ne va tout même pas faire de l’érudition sur mon blog, quelle horreur !

Un peu de sociologie, que diable !

Ceci dit, en parfaite dialectologue que je suis, je me suis penchée sur les formules sociales.

Au cœur de notre quotidien, certaines locutions nous permettent de maintenir des liens verbaux absolument superficiels avec la population qui nous entoure. Par exemple, au détour d’un trottoir, lors d’un rencontre inopportune entre deux ménagères de moins de 50 ans ou dans le couloir de la DRH qui mène aussi à la machine à café,  nous pouvons entendre ceci :

–          Bonjour, ça va ?

–          Ça va. Et toi, ça va ?

–          Ça va, ça va, et toi ?

–          Ça va.

Mais que se passe-t-il si l’un des deux protagonistes répond : « Non ça ne va pas » ?  Malaise ? Compassion ? Lueur d’intérêt ?

Absolument pas ! Tout le monde se fiche de la réponse. Personne ne s’attend à une vraie réplique. Chacun est déjà au bout de son chemin. C’est horrible la vie, oui.

Le bon sens populaire.

Parfois, un espoir relationnel surgit quand on a tout perdu.

C’est le cinquième jour du mois et vous êtes déjà en négatif ?

Votre patron vous a habilement suggéré que vous étiez une sous-merde ?

Votre conjoint(e) (votre chat en fait) n’est pas rentré depuis 13 jours ?

Il n’y a plus de mazarelli dans le frigo ?

Vous êtes au bout du rouleau ?

Heureusement, Nadine et Georgette sont là, prêtes à relever le défi de vous sortir du marasme psychologique où vous êtes plongé :

GEORGETTE : Bah, tant qu’on a la santé, Madame…

NADINE : C’est le principal.

Aaaah, le bon sens populaire…

Truculences (inter)nationales

Dans le genre populaire, mon expression favorite est celle qui marque si finement, si élégamment, l’étonnement louviérois, le borain, le montois aussi, voire le carolo. Ami français, prends note, ceci est un petit bijou wallon du meilleur cru. Attention, prêts, partez :

–          Min ouais ? T’inwane ?

Traînez un peu sur le –wane, en accentuant le côté guttural du a.

Quelle poésie, quelle truculence. Même les allemands nous envient cette cocasserie drolatique. Et pourtant, nous sommes loin d’égaler la gaillardise pittoresque du plus beau représentant outre-rhénan dont je suis la plus proche parente. Ceux qui me sont fidèles savent très bien de quel père biologique caché je parle. Je veux bien sûr évoquer le burlesque et tant regretté Derrick et son célèbre :

–          Vite, Harry, enfile ton paletot, nous sortons. Un crime a été commis à la Bundestrasse.

Recensement linguistique inédit.

Sans transition, je voudrais vous faire partager une toute nouvelle découverte locutive. Chaque jeudi soir, je prends des cours de cuisine au CEFOR de Namur. C’est là que j’ai appris qu’un beignet de fromage mal pané pouvait, prise de note SVP , « chier dans la friture ».

Depuis, j’ai adopté l’idiome pour toute situation conflictuelle génératrice de mauvaise humeur.

Exemples :

MOI : Chéri, tu pourrais juste mettre ton bol de frosties usagé DANS le lave-vaisselle, plutôt que SUR le lave-vaisselle ? Tu sais, ça ne demande pas un effort surhumain : tu ouvres le lave-vaisselle … 

LUI : Ouais, ça va, ça va.

MOI : Oh, tu me chies dans la friture à la fin !

Oui, je sais, c’est un peu disproportionné comme réaction, mais je suis assez soupe-au-lait sur le sujet vaisselle. Laissons donc de côté les querelles domestiques et gardons notre entrain.

Petite leçon de dialogue courant.

Pour terminer, en bonne copine des situations extrêmes, je vais vous dicter une série d’expressions à replacer habilement dans la conversation, sans en avoir l’air.

BIC-FEUILLE-DICTEE

1)      Si vous êtes un ado post-boutonneux, néanmoins pré-dépucelé, en rébellion contre vos parents qui ne comprennent rien à vos revendications existentielles néo-artistiques, osez le « Oh ça va, excuse-moi d’exister ».  Claque dans la tronche assurée, hmmm, ça fait du bien quand ça fait mal.

2)      Le « du tout du tout »

Si vous êtes hôtesse à la caisse centrale du Carrefour, à la personne qui vous demande : « Dans quel rayon puis-je trouver une aléseuse portative avec rechargement automatique ? », vous répondez : « On n’a pas ça ici, Monsieur ». Systématiquement, le client enchaînera : « Du tout, du tout ? ». Poliment, réutilisez la même locution négative : « Du tout, du tout », plutôt qu’un agressif « Si, Duschmol, j’en ai 24 tonnes, des aléseuses portatives avec rechargement automatique, mais ta face ne me revient pas. Du tout, du tout ! »

Le « du tout du tout », expression d’insistance inutile volontairement redondante.

3)      A votre copain qui s’est empalé sur le taille-haie alors que vous vous retourniez pour lui dire bonjour, tentez le « Mais tu fibrilles, préparez-moi une voie centrale, 10ml de morphine et une ampoule de lidocaïne. Si la trémulation est trop rapide, je lui injecte de l’hématropine ».

Aaaah, une bonne petite expression médicale de derrière les fagots, ça fait toujours plaisir et vous avez l’air intelligent pour une fois.

Bien sûr, j’aurais pu terminer par une analyse de la plus célèbre réplique de l’histoire des salles obscures, empruntée au monument de l’horreur cinématographique, « L’exorciste », qui commence par « Ta mère » et finit par « en enfer ». Mais non, ne cédons pas à la facilité et au racolage honteux.

Je vous quitterai donc avec la locution qui fait désormais ma renommée planétaire :

A bientôt et à dada.

  Merci à Robert, pour son incroyable disponibilité en cette haute saison des aléseuses portatives.

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