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Ma vie d’écrivain maudit Chapitre 7

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Ma vie d’écrivain béni

Qui a dit que la fatalité s’indomptait ? (oui, indompter n’existe pas, mais je suis une néologiste queneauraymaldienne, je fais ce que je veux avec mes cheveux). Et puis c’est joli « indompter », non ? C’est ma marque de fabrique, le néologisme. Je suis connue dans le métier pour ça aussi.

Quel métier ?

Comment ça, quel métier ? Mais je suis écrivain, moi, Monsieur au fond à gauche. Vous devriez le savoir, pourtant, depuis le temps que vous squattez mes billets. Excusez-moi, chers bloguistes et bloguiennes, je règle un contentieux avec le Monsieur au fond à gauche.

Bref.

Je fais partie du métier maintenant : les grands pontes de l’Académie Royale de Langue et de Littérature françaises (de Belgique) m’appelle « chère consœur ». Vous y croyez, vous ? Moi à peine. Je leur envoie mes nouvelles, ils les lisent, ils m’accordent une subvention à l’édition et dans la formule de politesse toute prête « Veuillez agréer l’expression de nos sentiments distingués », ils insèrent « Chère Consoeur » avec les majuscules d’usage.

Un péché capital.

Et bien oui, je me la pète, je suis gonflée d’orgueil, je chuinte un peu sur les « J» et mes « A » deviennent gutturaux quand je dis, (faussement) modeste, : « Jjje chuis tellement rââvie », j’invente des mots qui n’existent pas (forcément, si je les invente). Je vérifie quand même sur internet que personne n’a eu l’idée de l’  « indompter ». Indompté existe bien, Angélique fut indomptable mais la fatalité, mes amis, je lui ai porté un coup … fatal. Hahahahaha. Mes confrères du FNL se gausseraient de ce bon mot.

FNL ?

Non, ce n’est pas la Fédération de Natation Luxembourgeoise. Un peu de respect, s’il vous plait, Monsieur au fond à gauche ! Le FNL, c’est le Fond National de Littérature. Ses membres m’accordent une subvention si je trouve un éditeur dans les 4 ans. Ils me demandent de signaler leur aide lors de l’impression et d’éventuellement leur envoyer un exemplaire. Comme si je leur faisais une faveur. Je ris tout de suite ou je leur signale que c’est moi qui suis honorée ?

Et maintenant ?

Bon, il faut que je trouve un éditeur. Ça tombe bien, j’en ai un et pas des moindres : Quadrature à Louvain-la-Neuve, mon marabout, mon chamane, mon exorciste, mon leveur de malédiction. En attendant de m’atteler à la lourde tâche de correction et de quête effrénée d’un titre moins neurasthénique, je me repais dans la relecture réduplicative de ma lettre de l’Académie Royale de Langue et de Littérature françaises.

  Merci le FNL !

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Parce que je le vaux bien

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Amis bloguistes et bloguiennes,

Une fois n’est pas coutume, ce week-end, je suis allée chez le coiffeur.

Je vous épargnerai mon petit inventaire des coiffures tendance du moment. Moi qui vais chez le coupe-tifs à peu près toutes les années et demi, comment puissè-je être au courant des brushings à la mode 2011 ? Ce serait prétendre à des qualités de modeuse en chignon, macaron, natte, bigoudis, torsade et autre tresse que je n’ai pas. Donc, comme tous les ans et demi, j’achète 4 magazines spécial coiffure pour trouver mon nouveau look. Je passe en revue tous les sites internet experts en cheveux de star pour affiner ma recherche capillaire intensive. Et je sors du professionnel du shampoing avec systématiquement la même coupe : un dégradé sur la longueur, soyons fou, wouw.

Variante 

De temps à autre, j’ose une frange, plus ou moins déviée vers la droite. Une fois, j’ai même essayé la mèche Louise Brooks, genre un peu trop courte au-dessus des sourcils, mais le trop court « je l’ai choisi et je l’assume », pas le trop court « oups, j’ai ripé en voulant ajuster ma frange moi-même ce matin dans ma salle de bain ».

Foie gras

Il se passe toujours un truc étrange avec mes coiffeurs. Oui, j’ai plusieurs coiffeurs, à peu près 1 tous les ans et demi. Je change à chaque fois, quoi. C’est une maladie héréditaire. Ma mère aussi a ce syndrome pathologique. Et encore, chez ma mère, c’est pire. Moi, j’arrive encore à me faire comprendre et à sortir relativement satisfaite de mes coupes. Ma mère, elle, c’est autre chose.

Vous avez déjà vu une oie pourchasser un pauvre poussin innocent égaré sur le territoire de la gallinacée féroce (en fait, l’oie fait partie des anatidés, mais je ne m’appelle pas Wikipédia, je ne connais que les gallinacées en oiseau. Et les rapaces, vu que je suis fan des aigles. Mais ça c’est une autre histoire que je ne manquerai pas de vous relater) ?

Bref, pendant toute mon enfance, j’ai vu ma mère hurlant comme une oie en rut, mêlant les larmes à l’arrachage furieux de cheveux hirsutes, sortant honteusement du dernier élu capillaire et se précipitant dans la voiture de mon père penaud, coupable exécuté sur place pour avoir tenté un innocent « ça ne te plaît pas ? »

Re-bref, revenons-en à nos fourches. Je change souvent de capilliculteur. Je prends toujours rendez-vous quand je ne peux plus supporter la repousse de mes longs cheveux lisses qui me font ressembler à une espèce de madone prête à poser pour Léonard de Vinci. J’exige violemment un dégradé qui se voit et à chaque fois, le coiffeur (ou la coiffeuse, c’est selon) me conseille d’effiler en douceur. « Parce qu’après on regrette, on rebique de partout, on a du mal à rattraper ».

Un rêve éveillé

Ainsi, ça fait à peu près 18 ans que j’ai la même coupe : un dégradé timide sur la longueur. Ceci dit, je suis toujours bien accueillie la première fois (et la dernière en l’occurrence, vu que je change à chaque fois). Je dois vous le dire, je ne peux plus vous le cacher : d’après TOUS mes coiffeurs, j’ai les plus beaux cheveux du monde. Ha vraiment ! J’en ai même un qui m’a avoué avoir toujours rêvé de posséder la même crinière que moi. Je cite : « Des cheveux pareils, c’est mon rêve ». Texto. L’avant-dernière n’en revenait pas : « Je croyais qu’on ne voyait ça que dans les pubs d’Eva Longoria. Mais non, ça existe ». Et oui, j’existe vraiment en vrai. Dingue, non ?

Cependant, la dernière est imbattable. En matière de panégyrique sincère, elle a remporté le parpaing d’or de la flatterie en salon. D’abord, elle me trouvait belle. Très belle. Bon ça, je veux bien lui accorder. Il est vrai que je suis particulièrement sublime, surtout les cheveux mouillés sur une cape en nylon. Moi-même je m’émeus.

Ensuite, elle a eu une révélation. Et moi aussi, par la même occasion : il paraît que j’ai les yeux de Monica Bellucci. C’est vrai que ce qui frappe chez Monica Bellucci, ce sont ses yeux. Je me dis alors : « Elle va sans doute remarquer que j’ai aussi les seins de Momo (elle me les prête de temps en temps) ». Mais non, ma coiffeuse est restée très discrète sur mes attributs mammaires. L’émotion sans doute. Pour l’aider un peu dans son travail d’association flatteuse, j’essaie de faire ma célèbre moue Angelina Jolie, mais je pense qu’elle est distraite. Le téléphone a dû sonner à ce moment-là, je crois.

Oh surprise, une lueur de lucidité passe dans le regard acéré de cette chère dompteuse de ciseaux : elle se penche sur moi et grandiose, elle me murmure : « Tu as des lèvres magnifiques. C’est les tiennes ? » Naïvement, je réponds : « C’est celles de mon papa », vaguement vexée qu’elle ne repère pas ma filiation avec Lara Croft.

Le meilleur reste à venir.

En effet, après 36 ans d’ignorance, persuadée que ma tignasse brune tenait plutôt du long, lisse, effilé, voire plat, j’apprends avec stupéfaction, que j’ai les cheveux bouclés. Je conteste mollement : « Heu, non, j’ai les cheveux lisses depuis toujours ». Elle insiste : « Ha non, ils sont bouclés quand même ».

Elle saisit un flacon mystérieux, m’imprègne la chevelure d’une mixture suspecte et me fait peur en lançant soudain :   » J’ai envie de te les sécher au diffuseur ». Et de fait, après m’avoir forcé à mettre la tête en bas pendant 32 minutes et avoir enfoncé des drôles de pointes chauffantes dans ma chevelure pendouillante, elle m’oblige à me relever d’un coup pour saisir dans le miroir le reflet de ma réincarnation capillaire : je suis bouclée. Le spray spécial frisottis de star n’y est absolument pour rien !!!

Aujourd’hui, j’ai renié ma mère, qui m’a toujours caché que j’ondulais fermement. Après le coup de Derrick … Si ça se trouve, je suis noire et je l’ignore totalement. Depuis, je suis en thérapie. S’apercevoir qu’on vit dans le mensonge depuis si longtemps, ça laisse des traces, vous savez. Mais ça, j’en parlerai une autre fois, quand j’aurai vraiment sombré dans la déchéance de l’écrivain maudit et que j’aurai vendu mon âme en écrivant du Marc Levy.

En attendant ce suicide littéraire, je vous quitte avec mon sempiternel « à bientôt et à dada ».

Critiquer Marc Levy, ha c’est facile hein ça !

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Samedi, c’est Marc Levy

Ha quel dilemme ! Ce week-end, j’ai hésité longtemps entre lire un bon vieux Marc Lévy (pas le dernier, mais l’avant avant antépénultième) ou revoir en DVD Avatar. Entre James Cameron qui assassine Disney en violant Pocahontas dans le champignon du Grand Schtroumpf et Marc Levy qui assassine Barbara Cartland en violant Hugh Grant sur le canapé rouge de Drucker, mon cœur a balancé.

Soudain, j’ai tranché et j’ai choisi Marc Levy (ne m’asticotez pas, il n’y a pas d’accent à Levy). Tiens, ça me rappelle Sandra Kim, la seule gagnante belge de l’eurovision. Si je ne m’abuse, elle a remporté le grand trophée de la chanson avec « J’aime LE vie ». Si, si, je vous invite à vérifier ici, à 34 secondes.

Ha, elle chante bien « J’aime LE vie », je ne suis pas folle ?

Oui mais lequel ?

Que bref, j’ai donc une heure à perdre avec un Marc Levy, et là, je me retrouve devant un paradoxe existentiel : lequel choisir ? Surtout que le temps que je me décide, il va sûrement en écrire 4.

De plus, que dire de neuf et de méchant sans paraître communautaire et prétentieuse ? Ceci dit, Marc Levy n’est pas une petite chose fragile, les yeux embués de larmes et surtout, il ne lira probablement jamais mon post. Alors, lâchons-nous ! Marc, prépare-toi à mourir, même si tu as déjà été assassiné cent fois et que c’est tellement facile de critiquer celui dont on aimerait avoir la vie  (j’ai vraiment dit ça ?)

Alors, soyons honnête tout de suite, je ne suis pas au fait de l’actualité. Je n’ai pas lu L’étrange voyage de Monsieur Daldry. Dépenser 21€ pour le plaisir de démonter un sous-Alchimiste à Génoa City où, j’en suis sûre, l’héroïne qui court le monde comprendra à la fin que l’homme de sa vie est son voisin de palier, faut pas déconner. Je me suis donc contentée d’un bon petit Pocket à 8€ (pas donné tout de même) : Toutes ces choses qu’on ne s’est pas dites.

Haaaa les titres de Marc Levy

C’est tout un poème. Lisez-les d’une traite avec tout le talent qui vous caractérise et vous avez presqu’un sonnet parfait.

Je vous les donne, comme ça, c’est cadeau. N’ayez crainte, il n’a publié que douze romans, ça va aller vite. Lancez-vous, à voix haute, avec interprétation :

  • Le Premier Jour
  • La Première Nuit
  • L’étrange voyage de Monsieur Daldry
  • Le voleur d’ombres
  • Toutes ces choses qu’on ne s’est pas dites
  • Mes amis, mes amours
  • Les Enfants de la liberté
  • Vous revoir…
  • La Prochaine fois
  • Sept jours pour une éternité
  • Où es-tu ?
  • Et si c’était vrai…

Synopsis ou comment on regrette de n’avoir que bac +4 pour comprendre l’intrigue

Quand on lit un roman de l’ex-architecte infographiste (non, non, il n’y a pas de bug dans sa biographie), on se plonge sans retenue dans un film de Jennifer Aniston qui jouerait la sœur jumelle de Julia Roberts au mariage de Meg Ryan. D’ailleurs, l’héroïne du récit qui nous occupe aujourd’hui s’appelle … Julia ! Bingo.

Elle prépare son mariage. Les premières pages s’ouvrent donc sur la scène où Julia… à votre avis, qu’est-elle en train de faire ? Elle essaie sa robe de mariée, pardi. Re-bingo.

Son meilleur ami l’aide dans cette tâche pseudo-romantique. Quelle est la caractéristique principale d’un meilleur ami qui a une vision très précise du dernier cri en matière de mode matrimoniale ? Allez, je vous mets sur la voie : il appelle sa vieille copine « ma chérie ». Il est…, il est… ? Gay ! Re-re-bingo.

Donc, son meilleur ami, Stanley, est gay et a du goût vestimentaire. Il ne tient pas une boutique de fringues, mais un magasin de … ? De… ? D’antiquités ! Sans blaaaaaaaaague.

Et bien sûr, Stanley, homme raffiné, surtout pas efféminé (ne tombons pas dans les clichés) a vécu un drame dans sa vie. Lequel ? Hein, hein ? Il a perdu l’amour de sa vie, mort d’une terrible maladie contemporaine qui ne touche pas que les gays, sauf que ça, Marc Lévy l’a occulté. Alors, alors, la terrible maladie ? Ouiiiiiiii, le sida !

Est-ce possible de réunir autant de poncifs psychologiques dans un seul personnage ? Et oui, Marc Levy l’a fait. Marc Levy n’a peur de rien. Je suis sûre qu’il a déjà contacté Rupert Everett pour l’adaptation cinématographique.

Revenons-en au résumé de l’histoire. Accrochez-vous, ça se corse. ATTENTION SPOILER (hahahaha, qu’est-ce que je me fais rire).

Le père de la jeune fille meurt et l’enterrement a lieu le jour du mariage, qui est donc annulé. Après les funérailles, Julia reçoit une caisse étrange de laquelle surgit le clone robotisé de son père pour lui offrir six jours de rab’ sur une vie d’absence. Après quelques dialogues de toute beauté, Julia accepte cette invraisemblance James Cameronnienne et parcourt le monde avec ce père détesté sur les traces de son premier amour. Tomas, disparu à Kaboul lors d’un grand reportage sous les bombes, Tomas qui, en fait, n’est peut-être pas si mort que ça.

Ouh, le sens du suspense. Vous êtes tous pendus à mon clavier : Julia va-t-elle retrouver son premier amour et retomber dans ses bras comme vingt ans auparavant lors de la chute du mur de Berlin (si, il a osé) ? Va-t-elle se rendre compte qu’elle s’engageait dans une voie de garage avec le pauvre fiancé, Adam, fade mais si compréhensif ? La première intuition que vous avez eue lors de l’ouverture de la caisse et des premières explications sur la mécanique compliquée du clone éphémère du père décédé va-t-elle trouver sa confirmation à la fin du roman, à savoir que le père , rongé par le remords d’avoir caché une lettre de Tomas, alors que le monde entier le croyait explosé sur une mine en Afghanistan n’est pas vraiment mort lui non plus et a joué la comédie du robot pour envoyer sa fille réparer sa vie perdue?

Et bien oui, contre toute attente, l’amour triomphe de tous les obstacles et Carrie Ingalls peut tomber paisiblement dans sa prairie fleurie : les gentils gagnent toujours à la fin. Même s’il n’y a pas de vrais méchants chez Marc Levy. James Cameron les avaient déjà recrutés pour Avatar et ils se sont bien fait niquer en 3D par les très très gentils écolos ethniques extraterrestres hurlant «Youyouyouyouyou ».

Moi je dis, à quand un roman de Marc Levy adapté à l’écran par James Cameron ?

Petite leçon de linguistique ascensionnelle

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 Amis bloguistes et bloguiennes,

Je dois vous faire un aveu. Je suis à sec : plus rien de poétiquement valable ne sort de ma plume. Je pense alimenter prochainement les colonnes de Ma vie d’écrivain maudit, en espérant ne pas tomber dans un coma éthylique, assaillie violemment par ma flasque de Mazarelli.

Par contre, je me sens en verve olympique pour tester à tout va. Me voici donc en pleine recherche linguistique. Mon article portera sur les locutions idiomatiques, voire idiotes, les proverbes inversés et les maximes sans fondement. J’ai essayé pour vous les expressions populaires inconséquentes.

A la guerre comme à la guerre

Commençons sans plus attendre par le thème même de ce paragraphe, comme son titre l’indique subtilement : « à la guerre comme à la guerre ».

Dites, franchement, qu’est-ce que ça signifie cette expression, allez ? À la guerre… évidemment que c’est comme à la guerre. A la guerre, ce n’est pas comme dans … les pissotières avant une heure du matin (référence à  Pierre Louÿs qui a bien connu … les pissotières). Vous voyez ce que je veux dire, quoi.

Cette expression est ce qu’on appelle un « pléonasme », c’est-à-dire une répétition de ce qui a été énoncé.

Illustrations

Dans la famille « redondances inutiles », nous avons :

–          Appelons un chat un chat.

–          Je l’ai vu de mes yeux, voire « je l’ai vu de mes yeux vus ».

Je vous épargnerai le commentaire salace du style : « Tu veux le voir d’où, de ton … ? ». Non, non, non, évitons toute vulgarité dans cette rubrique, nos bloguiens sont distingués, nos bloguistes sont bath. Passons plutôt à la plus célèbre répétition tautologique animée : « J’suis la carte, J’suis la carte, J’suis la carte, J’suis la carte, J’suis la carte, J’suis la carte, J’suis la caaaaaaaaaaarte ».

 Explication

Cette auto-définition multiple a son sens évidemment. Elle permet l’identification indubitable du feuillet sautillant hors du sac à dos de Dora l’exploratrice. Mais quelle pédagogie ! Merci, messieurs les scénaristes et autres dialoguistes invétérés, « nous n’y serions jamais arrivés sans vous ».  

Notons au passage que dans la même série, au cas où il nous aurait échappé que le renard masqué s’apprête à tout moment à voler le doudou couineur de Babouche ou le ruban adhésif à paillettes (oui Dora ne dit jamais « papier collant » ou « scotch », elle hurle « ruban adhésif », « ruban adhésif », « ruban adhésif » pendant tout l’épisode où Totor se trouve dans un ballon dirigeable qui est en train de se dégonfler et … heuuuu, je vous jure que je ne suis pas fan). BREF, Chipeur, le renard donc, a droit aussi à son pléonasme patronymique, accompagné d’un formule identificatoire de ses activités illégales : « Chipeur, arrête de chiper, Chipeur, arrête de chiper, Chipeur, arrête de chiper ».

Applaudissons la manœuvre didactique.

Mais revenons à nos moutons.

Tiens, en voilà une expression qu’elle est belle. Celle-ci a une étymologie culturelle, directement héritée du Moyen-Âge, depuis La Farce de Maître Pathelin. Je n’en parlerai donc pas ici. On ne va tout même pas faire de l’érudition sur mon blog, quelle horreur !

Un peu de sociologie, que diable !

Ceci dit, en parfaite dialectologue que je suis, je me suis penchée sur les formules sociales.

Au cœur de notre quotidien, certaines locutions nous permettent de maintenir des liens verbaux absolument superficiels avec la population qui nous entoure. Par exemple, au détour d’un trottoir, lors d’un rencontre inopportune entre deux ménagères de moins de 50 ans ou dans le couloir de la DRH qui mène aussi à la machine à café,  nous pouvons entendre ceci :

–          Bonjour, ça va ?

–          Ça va. Et toi, ça va ?

–          Ça va, ça va, et toi ?

–          Ça va.

Mais que se passe-t-il si l’un des deux protagonistes répond : « Non ça ne va pas » ?  Malaise ? Compassion ? Lueur d’intérêt ?

Absolument pas ! Tout le monde se fiche de la réponse. Personne ne s’attend à une vraie réplique. Chacun est déjà au bout de son chemin. C’est horrible la vie, oui.

Le bon sens populaire.

Parfois, un espoir relationnel surgit quand on a tout perdu.

C’est le cinquième jour du mois et vous êtes déjà en négatif ?

Votre patron vous a habilement suggéré que vous étiez une sous-merde ?

Votre conjoint(e) (votre chat en fait) n’est pas rentré depuis 13 jours ?

Il n’y a plus de mazarelli dans le frigo ?

Vous êtes au bout du rouleau ?

Heureusement, Nadine et Georgette sont là, prêtes à relever le défi de vous sortir du marasme psychologique où vous êtes plongé :

GEORGETTE : Bah, tant qu’on a la santé, Madame…

NADINE : C’est le principal.

Aaaah, le bon sens populaire…

Truculences (inter)nationales

Dans le genre populaire, mon expression favorite est celle qui marque si finement, si élégamment, l’étonnement louviérois, le borain, le montois aussi, voire le carolo. Ami français, prends note, ceci est un petit bijou wallon du meilleur cru. Attention, prêts, partez :

–          Min ouais ? T’inwane ?

Traînez un peu sur le –wane, en accentuant le côté guttural du a.

Quelle poésie, quelle truculence. Même les allemands nous envient cette cocasserie drolatique. Et pourtant, nous sommes loin d’égaler la gaillardise pittoresque du plus beau représentant outre-rhénan dont je suis la plus proche parente. Ceux qui me sont fidèles savent très bien de quel père biologique caché je parle. Je veux bien sûr évoquer le burlesque et tant regretté Derrick et son célèbre :

–          Vite, Harry, enfile ton paletot, nous sortons. Un crime a été commis à la Bundestrasse.

Recensement linguistique inédit.

Sans transition, je voudrais vous faire partager une toute nouvelle découverte locutive. Chaque jeudi soir, je prends des cours de cuisine au CEFOR de Namur. C’est là que j’ai appris qu’un beignet de fromage mal pané pouvait, prise de note SVP , « chier dans la friture ».

Depuis, j’ai adopté l’idiome pour toute situation conflictuelle génératrice de mauvaise humeur.

Exemples :

MOI : Chéri, tu pourrais juste mettre ton bol de frosties usagé DANS le lave-vaisselle, plutôt que SUR le lave-vaisselle ? Tu sais, ça ne demande pas un effort surhumain : tu ouvres le lave-vaisselle … 

LUI : Ouais, ça va, ça va.

MOI : Oh, tu me chies dans la friture à la fin !

Oui, je sais, c’est un peu disproportionné comme réaction, mais je suis assez soupe-au-lait sur le sujet vaisselle. Laissons donc de côté les querelles domestiques et gardons notre entrain.

Petite leçon de dialogue courant.

Pour terminer, en bonne copine des situations extrêmes, je vais vous dicter une série d’expressions à replacer habilement dans la conversation, sans en avoir l’air.

BIC-FEUILLE-DICTEE

1)      Si vous êtes un ado post-boutonneux, néanmoins pré-dépucelé, en rébellion contre vos parents qui ne comprennent rien à vos revendications existentielles néo-artistiques, osez le « Oh ça va, excuse-moi d’exister ».  Claque dans la tronche assurée, hmmm, ça fait du bien quand ça fait mal.

2)      Le « du tout du tout »

Si vous êtes hôtesse à la caisse centrale du Carrefour, à la personne qui vous demande : « Dans quel rayon puis-je trouver une aléseuse portative avec rechargement automatique ? », vous répondez : « On n’a pas ça ici, Monsieur ». Systématiquement, le client enchaînera : « Du tout, du tout ? ». Poliment, réutilisez la même locution négative : « Du tout, du tout », plutôt qu’un agressif « Si, Duschmol, j’en ai 24 tonnes, des aléseuses portatives avec rechargement automatique, mais ta face ne me revient pas. Du tout, du tout ! »

Le « du tout du tout », expression d’insistance inutile volontairement redondante.

3)      A votre copain qui s’est empalé sur le taille-haie alors que vous vous retourniez pour lui dire bonjour, tentez le « Mais tu fibrilles, préparez-moi une voie centrale, 10ml de morphine et une ampoule de lidocaïne. Si la trémulation est trop rapide, je lui injecte de l’hématropine ».

Aaaah, une bonne petite expression médicale de derrière les fagots, ça fait toujours plaisir et vous avez l’air intelligent pour une fois.

Bien sûr, j’aurais pu terminer par une analyse de la plus célèbre réplique de l’histoire des salles obscures, empruntée au monument de l’horreur cinématographique, « L’exorciste », qui commence par « Ta mère » et finit par « en enfer ». Mais non, ne cédons pas à la facilité et au racolage honteux.

Je vous quitterai donc avec la locution qui fait désormais ma renommée planétaire :

A bientôt et à dada.

  Merci à Robert, pour son incroyable disponibilité en cette haute saison des aléseuses portatives.

Ma vie d’écrivain maudit Chapitre 1

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Parce que l’écriture c’est mon actu et que je viens de me faire flinguer par une maison d’édition.

Aïe

 J’ai envie de partager ma douleur, mon spleen, ma soul.

Ami lecteur, confident bloguien, sache qu’il y a quelque temps, j’étais une jeune auteure en vogue, hyper branchée et sollicitée. Et oui, en novembre 2010, j’ai publié dans une grande maison d’édition nationale mon œuvre « Passage de mémoire ».

 Enfin… ma nouvelle a été publiée.

Dans un recueil collectif.

Par une asbl liégeoise.

 Oh ça va ! N’empêche que j’ai participé à une impressionnante conférence de presse à propos de mon bouquin.

En fait c’était une rencontre littéraire entre les auteurs du recueil à la librairie de l’asbl.

 Mais il y avait un journaliste du Soir, nom de nom.

Oui, c’était un des auteurs du recueil, mais c’est un détail.

 J’ai signé des autographes, moi Monsieur !

Enfin, on s’est dédicacé mutuellement le recueil.

 Néanmoins, j’ai plein de projets. Je suis en contact avec une maison d’édition parisienne de livres numériques enrichis. Enfin j’étais. Le directeur de collection vient de me conseiller de me tourner vers l’édition papier. Walrus, pour ne pas la citer, est un studio de création et d’édition de livres numériques enrichis. Sa vocation est de, je cite, proposer à ses lecteurs et clients des livres numériques innovants et immersifs, dont le texte est augmenté de contenus multimédia et interactifs. En créant une expérience de lecture nouvelle, Walrus lance l’édition sur des pistes inédites.

 Complètement insipide ce projet, n’est-ce pas ?

 Bref, après m’avoir fait retravailler mon roman pour enfants pendant  trois mois, ils me proposent de le faire éditer chez Gallimard Jeunesse. Enfin, ils me conseillent sagement de leur envoyer. Ils m’envoient à la merte oui !

Baudelaire, Rimbaud et moi

Du coup, je suis devenue un auteur maudit. J’ai les cheveux en batailles, un foulard en soie autour du cou et une redingote noire. J’ai caché une flasque de Mazarelli dans mon sac et je fume l’opium le soir dans un bouge malfamé d’Hautrage-Etat (petit bled perdu au fin fond du Hainaut).

Ressaisissez-vous Josiane

Par contre j’ai une inspiration de dingue. Je suis sur trois créations de grande envergure. D’abord, je compte continuer dans la littérature de jeunesse. En prenant le train hier pour aller me prostituer à la prison de Mons, j’ai eu une idée lumineuse : l’histoire d’un jeune orphelin, souffre-douleur de son oncle et de sa tante, qui découvre qu’en fait il est un sorcier.  Il va vivre des aventures extraordinaires dans sa nouvelle école de sorcier et  combattre un méchant dont-je-n’ai-pas-encore-trouvé-le-nom.

 Ensuite, j’ai une idée de roman pour adultes : l’histoire d’une femme de chambre immigrée qui se fait  violer par un homme d’affaire puissant dans un hôtel new yorkais. Je n’ai pas encore décidé si elle va se faire broyer par la machine judiciaire américaine,  si elle va tomber amoureuse de l’homme d’affaire ou si au final elle deviendra une espèce d’Erin Brockovich guinéenne en faisant condamner à 125 ans de prison l’homme le plus puissant du monde.

 Je pense aussi à un récit d’anticipation : je vous raconte ? Dans un lieu incertain, à  une époque indéterminée, un immense raz-de-marée se met  à envahir la terre, rayant de la carte des villages entiers.  Une centrale nucléaire est touchée, menaçant à tout moment d’exploser. Le monde entier est suspendu aux lèvres de la présentatrice du JT, au moins pendant deux semaines. Mais surgit un événement complètement inattendu qui va bouleverser les spectateurs et leur faire oublier complètement la menace apocalyptique : un mariage princier. On ne pense plus qu’à la couleur du chapeau de la reine mère, au décolleté de la belle-sœur du marié, à la destination de la lune de miel. Si bien qu’on en oublie complètement que les réacteurs sont en fusion et que tout va mal en Centralie Nucléria.

Mais là, j’ai des doutes sur la crédibilité de l’intrigue. Je n’ai pas envie de me faire refouler une nouvelle fois par un éditeur bien intentionné.

Et si je devenais critique littéraire ?

En attendant, je devrais peut-être me contenter de faire la critique des autres auteurs, ceux qui PUBLIENT. Comme cette chère Sue Bentley. Ben oui, vous ne connaissez pas Sue Bentley ? LA célèbre auteure des « Chatons magiques ». Ça c’est de la littérature de jeunesse. Un petit chat qui a des pouvoirs magiques et qui se retrouve loin de chez lui, chez les humains parce que son oncle a pris sa place sur le trône et qu’il veut tuer le petit chaton gentil.

 Demain j’envoie mon tapuscrit à Pocket Jeunesse et s’ils le refusent, je lui explose sa truffe,  au chaton magique, et pas à l’aide d’un repousse-chat électronique (oui, j’ai un repousse-chat électronique dans mon jardin, je vous expliquerai un jour). Je lui envoie des cailloux magiques, je lui fracasse la queue avec ma flasque de Mazarelli. Bon j’arrête là, une demande d’ami vient de m’arriver sur Facebook. Une certaine Brigitte B. J’ai des doutes sur ses intentions « amicales ».

 P.S. : Mon correspondant chez Walrus était Julien Simon, qui, je dois l’avouer, a été exemplaire. Les insultes, les regrets, les tentatives de suicide sont purement humoristiques.

Re-P.S. : Depuis, Monsieur Gallimard a refusé ma saga pour enfants. Frustration …

Re-re-P.S. : Pas de nouvelles de Madame Pocket. Espoir ? Je retire tout ce que j’ai dit sur les chatons magiques.