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Ma vie d’écrivain maudit Chapitre 10

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OMG ( OH MY GOD), elle est de retour.

Talalalalalala Talalalalalalaaaaaa Samba ! C’est sur un air do Bragil que j’effectue un virage à 194° vers mon blog. On me le réclame à corps, à cris, à menaces, depuis des années. JE L’AI FAIT, je suis là.

Oui je sais, SI ! JE SAIS, on écrit « à cor et à cri », mais dans mon cas, les corps se jettent sur moi en criant : ‘Un artiiiiiicle » et « à corps, à cris, à menaces » n’existe pas à priori, que je sache. Et le premier qui dit que je suis de mauvaise foi, je lui envoie mon recueil de nouvelles corrigé au bic par une lectrice de bibliothèque qui n’aime pas « la nouvelle orthographe ».

 Où c’est-y qu’elle était, Isabelle Baldacchino ?

– A la foire du livre de Bruxelles pardi !

– Pendant un an ?

Naaaaan, mais j’ai eu des trucs à faire, vous comprenez : une asbl, des ateliers d’écriture, une résidence d’auteurs, un dossier pour ma bourse de la commission des lettres, un contrôle technique… ça prend du temps vous savez, surtout que j’ai dû remplacer mes plaquettes de frein et que mon clignotant droit clignote à gauche… Comment ça, « on s’en fout » ? Non mais dites donc, Monsieur, je vous fais l’honneur de revenir, restez poli.

Où j’en étais, d’ailleurs ?

Ah oui ! Le weekend dernier, tout le monde le sait, c’était la foire du livre de Bruxelles. Autant l’an passé, j’étais la star de ma maison d’édition, Quadrature, qui comptait sur mon aura littéraire pour battre les records de fréquentions sur leur stand en sortant mon « Manège des amertumes » expressément pour la foire de 2013, autant cette année, mon horaire de dédicace donnait à penser qu’il avait bien fallu la caser quelque part la petite, elle est bien sympa avec ses joujoues toutes rondes mais c’est pas tout ça, on a du chiffre à faire, nom d’un recueil de nouvelles.

Autant l’an passé, TéléMB s’était déplacé pour faire un reportage de 15 minutes sur mon entrée en littérature, lecture en voix off à l’appui, simulation de signature avec multiples fans (mes éditeurs déguisés en fait), autant cette année, j’avais mis une crinoline et un chapeau haut-de-forme, mais personne n’a été dupe, je ne suis pas Amélie Nothomb.

Pourtant, j’ai eu de nombreuses échanges inattendus. Madame Machin ne trouvait pas le stand 234, celui des éditions du Seuil. Comme je n’avais que ça à faire, étudier le plan de la foire à l’envers à l’endroit, j’ai pu la diriger dans le bon sens de la bonne allée de la bonne salle. A Monsieur Truc qui se demandait si mon recueil convenait à des enfants de primaire, j’ai pu répondre … que non. Merci aurevoir, il est parti, pleinement satisfait de ma disponibilité.

Même mes éditeurs ont hésité en me voyant arriver : Oui, Madame ? … Ah, Isabelle, c’est toi, on ne t’avait pas reconnu avec ta … crinoline. Le chapeau, est-ce vraiment nécessaire ?

Alors, comme ils n’avaient pas le choix, ils m’ont mise entre Dominique Costermans et Luc-Michel Fouassier.

Dominique Costermans

Dominique Costermans, c’est plus de 10 bouquins, 6 prix et des nouvelles deci delà. Elle n’écrit plus depuis 2008 et cette année, elle revient avec « Petites coupures », chez Quadrature. Les gens qui passent la voir lui offrent des truffes artisanales, des cuberdons au Champagne, la regardent avec des étoiles dans les yeux et lui disent au bord des larmes : « Il était temps que vous reveniez, vous nous avez manqués ». C’est beau, elle est émue. J’espérais qu’elle soit méchante ou un peu prétentieuse, histoire de la détester. J’aime bien détester les gens qui ont du talent. Mais elle est gentille avec moi, elle est douce, elle est belle. Avec ses grands yeux bleus, sa chevelure ébouriffée et son sourire, on dirait Candy. J’ai toujours voulu être Candy. Pfffff.

Candy

Luc-Michel Fouassier

Luc-Michel Fouassier, c’est le winner de la tchatche de salon. Il a sa petite assiette, il la remplit de MM’S et chaque fois qu’un lecteur traîne devant ses « Histoires Jivaro », paf, il l’accroche :

– 100 nouvelles de 100 mots, allez-y madame, mangez un bonbon, c’est le temps qu’il faut pour lire une de mes nouvelles.

Et ça marche. La madame, elle glousse, la bouche pleine, elle ouvre le recueil. A tous les coups, elle tombe sur une de ses histoires un peu grivoises. Luc-Michel, il sourit, et tac tac badaboum, elle achète.

Luc-Michel, il repère aussi les hommes à lunettes, parce que, je vous le donne en mille, il a écrit un recueil qui s’appelle « Les hommes à lunettes n’aiment pas se battre ». Alors, il sort son test de la vue, vous savez, avec l’alphabet et les E majuscules dans tous les sens, ça glousse ensemble, entre mecs, voyez, genre, on connait bien le problème, hein mon petit bonhomme, les buées quand on vient du froid tout ça tout ça, on est des potes maintenant et tac tac badaboum, l’homme à lunettes achète « Les hommes à lunettes n’aiment pas se battre ».

Parfois on respire. Luc-Michel, il disparait 5 minutes. Puis il revient : « ça va c’est cool, j’ai vendu deux romans chez Luce Wilquin, j’suis rassuré ».

On aimerait le détester, Luc-Michel, parce qu’il serait commercial, qu’il prendrait de la place, qu’il parlerait trop fort. Mais même pas, merde ! Il est sympa, Luc-Michel. EN PLUS. Et quand il vous parle de sa femme, l’amour de sa vie, l’unique, c’est qu’il vous ferait chialer. Je hais les hommes à lunettes qui n’aiment pas se battre, romantiques et rigolos, ça devrait pas exister.

Maintenant que j’y pense, je trouve que Luc-Michel a un petit air d’Alistair (si Candy n’évoque pour vous que le jeu des bonbons sur Iphone, vous ne pouvez pas comprendre).

Alistair

Moi aussi j’ai des techniques de vente

Une fois, j’ai ramené des Chokotoffs :

– Allez-y madame. Le temps que vous le suciez, vous aurez fini ma nouvelle.

Le mari, il m’a regardé par-dessus ses lunettes, un peu lubrique, un demi-sourire aux lèvres. La dame, elle l’a regardé lui, par-dessus les siennes, furibarde. Elle a voulu m’insulter, mais comme elle avait les dents toutes noires qui collaient un peu, j’ai rien compris et j’ai éclaté de rire. Elle a jeté mon livre par terre, elle est partie, toute rouge.

Et Luc-Michel a eu le temps de vendre « Les hommes à lunettes n’aiment pas se battre » au mari à lunettes. Je suis désespérée.

Les gens

Moi, les gens quand ils viennent me voir, ils tiquent sur UN truc de la 4ème de couverture. Vous savez, là où il y a une biographie en italique :

– Vous avez un resto et vous trouvez le temps d’écrire ?

Que j’aie fait huit ans d’études (philologie romane et conservatoire compris), ils s’en tamponnent le Carambar. Tout ce qu’ils voient, les gens, c’est « patronne de restaurant ». Je leur dis que c’était dans une autre vie, que c’était une époque formidable, je ris en repensant à ce client en train de vomir sa vie dans nos toilettes, je ferme les yeux quand je ris et quand je les ouvre … le lecteur s’est barré sur la pointe des pieds. Désespérée, je vous dis.

OMD (OH MON DIEU)

A la fin de la foire tout de même, mes éditeurs sont sous le choc. J’ai vendu. Oui madame, j’ai pratiquement tout vendu. Merde, qui me dit, Patrick, mon éditeur/8 alias « le boulier », on va être en rupture de stock pour ton bouquin. Chouette, je lui dis, on devra lancer une réimpression.

Mais il a pas répondu.

Moi je veux mourir sur scèneuuuuuu…

Manquerait plus que les pandas écrivent un livre et là, je me re-suicide au Mon Chéri pour la 4ème fois. Ou je fais une overdose de Chokotoffs. Je m’étends sur tous les nouveaux recueils de Quadrature en hurlant « Tous à poil, la censure ne passera pas » (oui, c’est pas parce qu’on se suicide qu’on n’est pas engagé).

Et puis je meurs,

mon bouquin entre les mains.

C’est beau non ?

Au fait…

PS : J’aurais pu parler des retrouvailles, des rencontres, des repas partagés, des émotions, des rires, d’un récital de nouvelles, d’une lectrice de mon blog, d’un dernier visiteur magnifique, mais faudrait pas que j’ai trop l’air d’aimer ça, la Foire du livre. Et ma vie d’écrivain maudit alors ?

J’aurais pu avouer que Quadrature concocte des horaires de dédicace aux petits oignons selon les disponibilités de chacun, mais faudrait pas que j’ai trop l’air de les remercier. Et ma mauvaise foi alors ?

J’aurais pu vous parler de : Agnès Dumont, Aliénor Debrocq, Gaëlle Pingault, Calouan, Marie-France Versailles, Jacqueline Daussain, Liliane Schraüwen, Hélène Jousse, Pascale Pujol … mais faudrait pas que j’ai trop l’air de partager l’affiche. Et mon heure de narcissisme alors ?

Et pour les Français qui ne connaissent pas les Chokotoffs : 

chokotoff habillé Chokotoff habillé

chokotoff à poil  Chokotoff à poil

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Ma vie d’écrivain maudit Chapitre 4

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TOC (traque obsessionnelle compulsive)

Haaaa les lettres de refus du Dilettante. Elles sont célèbres dans le monde des romanciers de tiroir (ceux qui ont un roman dans le tiroir, qui y reste, faute de trouver une maison d’édition).  Il suffit de traîner sur quelques blogs ou sur les forums littéraires pour s’en rendre compte.

Ça y est, j’ai la mienne et je n’en suis pas peu fière.

Moi je suis une demi-nouvelliste de tiroir : de nombreuses nouvelles primées et éditées (heuu, trois en fait), un recueil dans le no man’s land postal des tentatives éditoriales.

Pour faire le point, j’ai osé une première salve de 5. Deux éditeurs m’ont répondu (Luce Wilquin et le Dilettante) après un mois d’attente fébrile :

6h27, après 3 abattages du rappel des 9 minutes sur mon réveil : rien dans ma boîte aux lettres. Trop tôt, le facteur dort encore.

6h40 : Mon téléphone est à 98 % de batterie. Ok

6h42 : rien sur yahoo.fr, rien sur gmail, rien sur gandimail, ….

7h : Boîte aux lettres

7h20 : meeeeeeeeeeerde, mon téléphone est sur silencieux… Han non, il sonne. C’est qui  c’est qui ? Ma mère ! Elle veut savoir si je passe manger de la ratatouille ce soir. C’est une blague ?

7h24 : faut que je parte

Vous multipliez l’espace-temps entre 6h27 et 7H24 par 10 et vous avez un aperçu plus ou moins réel d’une journée d’écrivain de tiroir.

NON !

Luce Wilquin, c’est fait, j’ai déjà déversé mon désespoir ivrognesque.

Le Dilettante mérite un article à lui tout seul, voire un blog, voire un roman.  Tout d’abord, présentons cette maison d’édition qui se revendique anarchiste. C’est d’abord une librairie parisienne où l’éditeur-libraire cuve sa mononucléose derrière le comptoir. Traduisez : quand j’ai déposé mon « projet » (on ne dit pas « manuscrit », mais projet) en mains propres, Monsieur  Dominique Gaultier dormait à côté de sa caisse. C’est vrai, lire 15 manuscrits projets par jour, ça épuise.

 En visant le Dilettante, j’ai eu un doute. Je savais que la maison était acerbe, réputée méchante envers les « wannabee » (ceux qui veulent être et qui ne sont pas encore… et qui ne seront peut-être jamais). On dit souvent que ce sont les stagiaires qui se chargent d’assassiner l’auteur amateur, histoire qu’il ne recommence pas ses conneries. Panpan cucu sur le chiwawa !

Mais en bon écrivain prétentieux, plein d’espoir et de naïveté, on se dit qu’on n’est pas comme les autres, qu’on a peut-être une petite chance.

Haaaaaa

Haaaa la petite chance. Comme si tous les aspirants en littérature ne croyaient pas l’avoir, cette petite chance, moi la première.

Comme promis, la réponse est arrivée vite et bien : moins d’un mois. Je vous la livre à sec (enfin, je sens que je vais m’imbiber très vite. Aujourd’hui, soyons fous, je me saoule au tiramisu).

                   M.lle,

                   Nous avons lu votre manuscrit, qui n’a malheureusement pas retenu notre attention.

                   «  Les nouvelles offrent trop souvent les mêmes types de personnages décadents.  Une prose bien triste. Vous gagneriez en substance à porter un regard, non pas moins noire, mais plus large sur le monde environnant »

                   Nous vous proposons de vous le réexpédier par voie postale à réception de la somme de 10 euros blablabla…

Signé Le service des manuscrits Hélène Voisin.

Vous vous dites : « elle a fait une faute, Isa, faut pas de E à noir ! ».

La faute est dans le texte !!! Ça c’est une vengeance basse et puérile : traquer la faute d’orthographe. ET IL Y EN A UNE, HELENE VOISIN, HA HA HA HA !

Commerce oblige : le courrier est accompagné d’un bon de commande. Véridique ! Comme si une scribouillarde guillotinée avait encore la tête à lire d’autres auteurs publiés, eux ! (Vous voyez que je suis fun, Hélène, je fais des jeux de mots).

Entre guillemets (ceux que j’ai mis plus haut), le texte écrit à la main qui s’insère dans la lettre-type.

Mon cœur balance…

J’hésite : rire ou me suicider.

Rions d’abord : visiblement, Hélène a lu en diagonale. Certes, la plupart des nouvelles sont mélancoliques, cruelles, noires, appelez–les comme vous voulez. Mais pas seulement. On rit beaucoup aussi : ce n’est pas moi qui le dis, ce sont mes lecteurs. Ouiiiiiiiiiiiii, mes lecteurs ne sont pas objectifs (mon chéri, mes copines, …). J’ADORE MES LECTEURS PAS OBJECTIFS. Le premier qui touche à mes lecteurs pas objectifs, je lui envoie une lettre du Dilettante.

Ensuite, pourquoi pas ? C’est tout à fait ma démarche : un petit monde à décrire où se déroulent des tragédies plus grandes que nos cages d’escaliers et qui côtoient parfois la légèreté absurde ou la magie du hasard. Oui j’accepte l’avis de cette pauvre Hélène, pour la moitié de mon recueil (celle qu’elle a lue … à moitié). J’élargirai mon regard dans une autre œuvre, de tiroir ou pas.

J’avance, je tiens compte, je cogite.

En attendant, je vise l’indigestion mascarponienne et le coma éthylique avec mon tiramisu. Puis je me suiciderai. Ou pas.

Ma vie d’écrivain maudit Chapitre 3

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Rage et désespoir

Mes propos risquent d’être incohérents ; je n’ai plus toute ma sobriété.

Bien que je n’aie plus de mazarelli dans le frigo, j’ai réussi à noyer mon chagrin. Tant qu’à sombrer dans le pathétique, j’ai cumulé la pochtronnerie (ce mot n’existe pas et je m’en fous), la crise de foie et la reprise de mon léger surpoids : je me suis saoulée aux Mon Chéri. J’adoooooore !

« Mais pourquoiiiiiii ? »,  me direz-vous ? (ne hurlez pas, j’ai mal à la tête).

Ne passons pas par quatre chemins (je n’ai pas le sens de l’orientation), mon recueil de nouvelles a été refusé par Luce Wilquin. Bouhouhou (là je pleure. Je le fais bien, hein ?)

Les raisons de cette injustice ?

Oooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooh, (le bourré a souvent des temps d’arrêt interminables dans sa conversation).

Oooooh, je disais donc, ce n’est pas que mon manuscrit est nul ou qu’il ne correspond pas à la ligne éditoriale, MAIS ! (silence du bourré).

Mais trop de nouvelles tuent la nouvelle, ils n’en lisent plus chez Luce Wilquin. Pour preuve, le mail reçu à l’instant. Extrait, maestro :

                             Chère Madame,

Bon, déjà, ça commence mal. Je suis une mademoiselle.

                             Nous vous remercions pour l’envoi de votre manuscrit.

Mais de rien, mon chéri.

                             Nous devons malheureusement vous dire que des recueils de nouvelles nous parviennent quotidiennement, alors que nous en publions deux ou trois par an seulement. Nous sommes donc contraints de renoncer temporairement  à les prendre en considération, car il n’y a aucune « place » disponible dans notre programme avant deux ans au moins… Désolés!

                             Nous vous adressons nos salutations les meilleures.

Quoi ? On ose me dire non sans m’avoir lu ! Je m’insurge.

Zzzzzzzzzzzzzzzzzzzz. Je cuve un peu et je me calme.

Vous savez ske j’y ai répondu au monsieur des manuscrits de Luce Wilquin :

                             Quel dommage, mon recueil est si bien !

Si si je vous jure, j’ai osé.

Ok, j’ai précisé que je plaisantais (quoique). J’y ai dit aussi au monsieur des manuscrits de Luce Wilquin que je lui enverrai un roman alors.

…………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………. 

Bon ben, il me reste plus qu’à l’écrire.

Pfffffou, faut vraiment que j’arrête les Mon Chéri.

En voilà une nouvelle qu’elle est bonne !

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Ha ben ça alors. Ou j’ai rien compris, ou la Police de Liège est une petite coquine.

Hier après-midi, je rentre chez moi, éreintée par une journée de dur labeur (retrouver les collègues, accueillir les élèves, papoter avec les collègues, acheter un sandwich, pouh ! Je suis crevée).

Bref, j’atteins tant bien que mal ma boîte aux lettres et là, oh surprise, une grosse enveloppe de la Police de Liège.

Qu’est-ce que j’ai encore fait ? que je me dis, pessimiste.

Mais rien, mes amis, rien! Ou plutôt, rien d’illégal. Quelque chose de culturel même. J’en ai déjà parlé  sur ce blog, mais j’ignorais que le produit de mon imagination lubrique allait trouver sa (petite) place dans une édition chez Luce Wilquin, dame Wilquin, maîtresse Wilquin !

Ma nouvelle « Au suivant » est donc publiée dans le recueil collectif « Strip-tease » suite au concours du même nom organisé par la Police de Liège.

J’ai le droit de me la péter, non, au moins une soirée ? Alleeeez.

Au passage, je note qu’un visiteur de mon blog est repris dans les lauréats. Je cite : Daniel Fattore. Hasard ou Monsieur est plus vif que votre dévouée ? Je pense qu’il est plus vif. D’ailleurs, il a déjà publié un article sur son blog à propos de notre publication commune.

Félications Monsieur Fattore.

En vente dans toutes les bonnes librairies évidemment (même les mauvaises, on s’en fout, après tout, tant que le livre est bon) au prix de 14€.

«… née Pélagie D.», Françoise Houdart

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«… née Pélagie D.», Françoise Houdart, Ed. Luce Wilquin, Collection Sméraldine, 1996, 144 p.

Sur son site, Luce Wilquin présente son auteur Françoise Houdart en ces quelques mots : Traductrice de formation, Françoise Houdart a enseigné l’allemand dans l’enseignement supérieur jusqu’au jour où elle a décidé de vivre, sinon de sa plume, du moins avec et par elle, une existence dont elle seule gardera la maîtrise du temps. Neuf romans, tous publiés chez le même éditeur – «La vie, couleur saison», «La part du feu», «Camino», «Quatre variations sur une fugue», «… née Pélagie D.», «Femme entre quatre yeux», «Belle-Montre», «Textes pour la gisante» et «La petite fille aux Walalas» – constituent à ce jour son œuvre en prose. 

«… née Pélagie D.», que je viens de terminer, est une œuvre en prose, certes. Pourtant, c’est bien la poésie qui berce ce court roman d’initiation à soi. Pélagie entreprend le premier voyage de son existence, répondant enfin aux fantasmes qui l’ont maintenue en vie : voir la mer. La mer du Nord, la sienne. Sur le ferry qui la mène en Angleterre, elle rencontre Maximilien, septuagénaire solitaire, à qui elle déballera son histoire « par tronçons », presque malgré elle.

Au fil des confidences se dessine une vieille dame qui marche vers son indépendance, la découverte de soi, à pas fragiles, à mots enthousiastes. On sent le bilan, le retour en arrière, la nécessité de se dire, d’être enfin le seul conteur de son identité. Pélagie a été une de ces nombreuses femmes doucement éteinte par la main du mari à une époque où il ne pouvait en être autrement.

Le sujet d’un autre temps, qui pourrait n’intéresser qu’une génération, touche pourtant le lecteur au plus profond de sa quête personnelle. Peut-on reconquérir sa liberté ? La réponse de Françoise Houdart est oui, bien évidemment. Elle guide son personnage vers l’acquisition ultime du choix. Certains seront déçus par la fin. Moi, je trouve qu’il ne pouvait en être autrement.

Je me suis plu à penser que Maximilien n’existait pas, qu’il n’était que l’oreille nécessaire dans l’esprit de Pélagie, mais quel dommage alors d’effacer les moments d’intimité drôles et vrais entre ces deux « retirés » de la vie.

Avec une parfaite maîtrise du propos, au son d’une poésie ciselée, Françoise Houdart semble nous transmettre une conviction simple, celle que la connaissance de soi passe par l’autre, par le partage de ses solitudes. Au fond, toutes les histoires se ressemblent dans l’absolu et chacune d’elles est unique par ses détails. Les détails font l’humain.

Les premiers mots :

J’ai osé… ! Comme c’est curieux ! Comme c’est étrange de s’entendre prononcer ces mots-là… ! Les entendre dits de sa propre voix… différente pourtant, oui si profondément différente de celle qui m’habite depuis toujours, que je la sens étrangère à moi-même, étrangère à la voix qui me souffle les répliques, celle qui pose des mots sur mes gammes muettes, dans les bulles vides de mes dessins inanimés, mes apnées, mes absences.