Archives de Tag: poésie

Rémonkeunojeutèm

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Vous y croyez, vous ? Je n’avais jamais lu « Zazie dans le métro » !

J’ai traîné quelque jours avec la bouille Playmobil de Catherine Demongeot sur mon Folio dans la salle des profs de mon école et surprise, pratiquement tout le monde m’a dit : « Oooooh, Zazie dans le métro, j’ai jamais lu ».

Moi-même, j’étais plutôt Sally Mara. Haaaa ! Sally Mara, double féminin et lubrique de Raymond Queneau,  jeune vierge émoustillée amoureuse de son professeur de français, Monsieur Presle. Elle a bercé mon adolescence  et mes années de déclamation. Je jouais l’ingénue avec un accent anglais plus ou moins raté, mais j’avais mon petit succès quand je pleurnichais le départ de l’enseignant : « Il est pawti ».

Soit.

Je viens de lire « Zazie » et je ne peux m’empêcher de tirer mon chapeau. JE VEUX ÊTRE RAYMOND QUENEAU. J’aurais voulu inventer Trouscaillon, un personnage qui change de nom, de physique, de costume sans que personne, ou presque, ne le reconnaisse.

J’aurais voulu emmener mes lecteurs dans une orgie de poésie, même en ajoutant « mon cul » à chaque réplique.

Je veux adopter un perroquet pérorant un maussade : « Tu parles, tu parles, c’est tout ce que tu sais faire » et qui me mettra en cage.

J’aurais aimé laisser une lectrice maudite dans ce fou rire mélancolique où, quand Marceline devient Marcel, on a quand même un petit pincement au cœur de quitter une enfant qui vieillit.

Tout ça et pas seulement, c’est Raymond Queneau : un poète hyperactif, un satyre oulipien.

Rémonkeuno, mon cul !

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«… née Pélagie D.», Françoise Houdart

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«… née Pélagie D.», Françoise Houdart, Ed. Luce Wilquin, Collection Sméraldine, 1996, 144 p.

Sur son site, Luce Wilquin présente son auteur Françoise Houdart en ces quelques mots : Traductrice de formation, Françoise Houdart a enseigné l’allemand dans l’enseignement supérieur jusqu’au jour où elle a décidé de vivre, sinon de sa plume, du moins avec et par elle, une existence dont elle seule gardera la maîtrise du temps. Neuf romans, tous publiés chez le même éditeur – «La vie, couleur saison», «La part du feu», «Camino», «Quatre variations sur une fugue», «… née Pélagie D.», «Femme entre quatre yeux», «Belle-Montre», «Textes pour la gisante» et «La petite fille aux Walalas» – constituent à ce jour son œuvre en prose. 

«… née Pélagie D.», que je viens de terminer, est une œuvre en prose, certes. Pourtant, c’est bien la poésie qui berce ce court roman d’initiation à soi. Pélagie entreprend le premier voyage de son existence, répondant enfin aux fantasmes qui l’ont maintenue en vie : voir la mer. La mer du Nord, la sienne. Sur le ferry qui la mène en Angleterre, elle rencontre Maximilien, septuagénaire solitaire, à qui elle déballera son histoire « par tronçons », presque malgré elle.

Au fil des confidences se dessine une vieille dame qui marche vers son indépendance, la découverte de soi, à pas fragiles, à mots enthousiastes. On sent le bilan, le retour en arrière, la nécessité de se dire, d’être enfin le seul conteur de son identité. Pélagie a été une de ces nombreuses femmes doucement éteinte par la main du mari à une époque où il ne pouvait en être autrement.

Le sujet d’un autre temps, qui pourrait n’intéresser qu’une génération, touche pourtant le lecteur au plus profond de sa quête personnelle. Peut-on reconquérir sa liberté ? La réponse de Françoise Houdart est oui, bien évidemment. Elle guide son personnage vers l’acquisition ultime du choix. Certains seront déçus par la fin. Moi, je trouve qu’il ne pouvait en être autrement.

Je me suis plu à penser que Maximilien n’existait pas, qu’il n’était que l’oreille nécessaire dans l’esprit de Pélagie, mais quel dommage alors d’effacer les moments d’intimité drôles et vrais entre ces deux « retirés » de la vie.

Avec une parfaite maîtrise du propos, au son d’une poésie ciselée, Françoise Houdart semble nous transmettre une conviction simple, celle que la connaissance de soi passe par l’autre, par le partage de ses solitudes. Au fond, toutes les histoires se ressemblent dans l’absolu et chacune d’elles est unique par ses détails. Les détails font l’humain.

Les premiers mots :

J’ai osé… ! Comme c’est curieux ! Comme c’est étrange de s’entendre prononcer ces mots-là… ! Les entendre dits de sa propre voix… différente pourtant, oui si profondément différente de celle qui m’habite depuis toujours, que je la sens étrangère à moi-même, étrangère à la voix qui me souffle les répliques, celle qui pose des mots sur mes gammes muettes, dans les bulles vides de mes dessins inanimés, mes apnées, mes absences.