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Ma vie d’écrivain maudit ‘pisode 9

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‘pisode 9

Dites donc, vous, au fond. Je vous entends : « Qu’est-ce qu’il lui arrive encore à cette pauvre fille ? Elle sait même plus écrire correctement. Elle élague ses syllabes. A tous les coups, elle a attrapé la dépression de son éditeur/8 mâle. Ça pourrait se comprendre, avec toutes les galères qu’elle a vécues depuis le début de son entrée en littérature. Et puis, elle n’a pas un physique facile, soyons francs ».

Non mais, ça va aller, oui ?

Tout d’abord, j’écris tout à fait correctement, Monsieur J’oublie-mes-particules-de-la-négation. « Elle sait même plus écrire », on a fait mieux comme linguistique académique (et toc !). Ensuite, la dépression, ce n’est pas contagieux. Mon éditeur/8 mâle va beaucoup mieux depuis que… Ah, permettez, je garde les trois petits points pour plus tard.  Troisième précision : mon physique est très facile. Ce n’est pas parce que je ne suis pas une gourgandine vautrée dans la luxure que je n’ai pas mon petit succès. Pas plus tard que la semaine dernière, j’ai été étroitement convoitée par un certain L. charmé par mon parfum guerlainesque. Bon, il avait 10 ans et il était un peu hyperactif, mais tout de même, je plais encore, Môsieur.

Et les galères, me direz-vous ?

Ben, ça va en fait. Je m’en sors bien pour une maudite. Pour les initiés (et mes amis Facebook), « ‘pisode 9 »  fait référence à la Vebsérie, diffusée chaque semaine dans l’EXTRAORDINAIRISSIME émission sur le monde web, le Vinvinteur. Vinvin, le présentateur, il dit toujours « ‘pisode » à la place de « épisode », ça me fait rire. Bref. Ils m’ont pris un dialogue pour la Vebsérie, ‘pisode 11. C’est ici, à 17’38. Ma tronche sur France 5, on a vu pire, non ? Et vous jugerez par vous-même, cher Monsieur Ingrat, que je ne suis pas amputée de beauté. C’est ici, à 18’39. OUI, C’EST FURTIF, ET ALORS ? Comment ça, j’ai les joues bien remplies ? C’est la télé, Monsieur, ça grossit. Permettez, je fais une petite dépression et je reviens.

Voilà, ça va mieux.

Ça va même beaucoup mieux depuis que… Vous vous souvenez, les trois petits points, la guérison miraculeuse de mon éditeur/8 mâle bipolaire ? Et bien, aujourd’hui, je vous l’annonce officiellement en semi-exclusivité mondiale : mon recueil de nouvelles, « Le manège des amertumes » est en librairies et en vente en ligne depuis le 15 février 2013. (Semi, parce que je l’ai déjà annoncé à la moitié de la terre. Faites le calcul, ça correspond).

Que dire ?

First, I wanna thank my parents without qui I not serais pas là today. Then, thanks to my lover for his patience and his indefectible soutien. Thanks surtout to myself for my talent, for realize my own dreams, for what I am. I love me. Sorry, I am trop émue for continue. There are really angels on this blog !

Les retours

Ma copine du net, Kylie Ravera, a été the first of the world à écrire un article sur mon livre. Il faut dire qu’elle écrit elle-même des romans, une saga mathématico-policière plus précisément. Et drôle. Et tendre. Et bien foutue. Bref, son article est à l’image de son héros, Peter Agor : drôle, sincère et surprenant.

Autre blogueur au nez fin : Jérome Cayla qui m’a fait l’honneur d’un billet tout en compliments dans « Les chroniques de Goliath ». Grrrr, je ronronne de plaisir.

Voilà, c’est tout.

Oh ça va hein !

De toute façon, je ne veux pas être une star. Je tiens à mon statut d’écrivain maudit. Je suis fidèle à mes valeurs, moi Monsieur au fond à droite qui la ramène tout le temps. Vous avez écrit un livre, vous, d’abord ? Vous avez vu la fierté embuée dans les yeux de votre maman allongée sur son lit d’hôpital, vous ? Oooooh, mais ne pleurez pas, Monsieur Aufond. Elle a juste une jambe cassée, rien de grave. Ça lui a même permis de trouver sa vocation, ce petit séjour aux frais de la mutuelle : agent littéraire en milieu hospitalier. TOUT le personnel infirmier et sanitaire est au courant que mon livre est sorti. Je dis bien TOUT le personnel. Pas moyen d’y échapper. Ma mère est un bulldozer de la promo littéraire.

Bon, je récapitule

« Le manège des amertumes », Isabelle Baldacchino, 108 pages, Editions Quadrature.

Le résumé : Des êtres pris dans une dentelle d’araignée s’entrecroisent, se répondent ou s’ignorent en choisissant le trottoir d’en face. Une marche d’escalier, une rue, une cave sont les lieux où ils vivent, où ils passent, où la tragédie côtoie insolemment la légèreté.

Toutes ces nouvelles se suffisent à elles-mêmes, mais l’auteure s’est employée à tisser des liens entre les histoires. Retrouvez-les ou laissez-vous mener jusqu’au dernier texte qui résonnera en vous comme un écho.

L’auteur (moi quoi !) : Née dans le Hainaut, où elle vit toujours, Isabelle Baldacchino est romaniste et comédienne. Ancienne co-gérante d’un resto-théâtre montois, professeur de français, animatrice d’ateliers d’écriture, chroniqueuse radio, elle vit sa vie à cent à l’heure.

En 2010, elle ose enfin confronter sa prose au regard du public. Elle remporte des concours de nouvelles et publie dans des ouvrages collectifs. Elle séduit enfin les Editions Quadrature en 2011 qui retiennent « Le manège des amertumes », une œuvre soutenue par le Fonds National de la Littérature.

Un extrait ? Aaaaaallez : « Oh le comédien ! Oh l’artiste ! Applaudissez, messieurs-dames, l’illusionniste entre en piste. Il est majestueux, il est magnifique : quelle splendeur d’hypocrite, quel perfide. Admirez sa technique, acclamez ses fourberies. Il dit Madame, il pense catin. Quel poète ! »

Disponibilité : commandes en librairies (belges, françaises, suisses, …), www.i6doc.com/quadrature, chez l’éditeur par simple mail (quadraturelib@gmail.com ), sur tous les sites de librairies en ligne.

ISBN : 978-2-930538-30-3 (livre broché) 15€

SBN : 978-2-930538-21-3 (format ePUB) 12€

Et la couvertuuuuuuuuuuuuuuuure :

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Ma vie d’écrivain maudit Chapitre 4

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TOC (traque obsessionnelle compulsive)

Haaaa les lettres de refus du Dilettante. Elles sont célèbres dans le monde des romanciers de tiroir (ceux qui ont un roman dans le tiroir, qui y reste, faute de trouver une maison d’édition).  Il suffit de traîner sur quelques blogs ou sur les forums littéraires pour s’en rendre compte.

Ça y est, j’ai la mienne et je n’en suis pas peu fière.

Moi je suis une demi-nouvelliste de tiroir : de nombreuses nouvelles primées et éditées (heuu, trois en fait), un recueil dans le no man’s land postal des tentatives éditoriales.

Pour faire le point, j’ai osé une première salve de 5. Deux éditeurs m’ont répondu (Luce Wilquin et le Dilettante) après un mois d’attente fébrile :

6h27, après 3 abattages du rappel des 9 minutes sur mon réveil : rien dans ma boîte aux lettres. Trop tôt, le facteur dort encore.

6h40 : Mon téléphone est à 98 % de batterie. Ok

6h42 : rien sur yahoo.fr, rien sur gmail, rien sur gandimail, ….

7h : Boîte aux lettres

7h20 : meeeeeeeeeeerde, mon téléphone est sur silencieux… Han non, il sonne. C’est qui  c’est qui ? Ma mère ! Elle veut savoir si je passe manger de la ratatouille ce soir. C’est une blague ?

7h24 : faut que je parte

Vous multipliez l’espace-temps entre 6h27 et 7H24 par 10 et vous avez un aperçu plus ou moins réel d’une journée d’écrivain de tiroir.

NON !

Luce Wilquin, c’est fait, j’ai déjà déversé mon désespoir ivrognesque.

Le Dilettante mérite un article à lui tout seul, voire un blog, voire un roman.  Tout d’abord, présentons cette maison d’édition qui se revendique anarchiste. C’est d’abord une librairie parisienne où l’éditeur-libraire cuve sa mononucléose derrière le comptoir. Traduisez : quand j’ai déposé mon « projet » (on ne dit pas « manuscrit », mais projet) en mains propres, Monsieur  Dominique Gaultier dormait à côté de sa caisse. C’est vrai, lire 15 manuscrits projets par jour, ça épuise.

 En visant le Dilettante, j’ai eu un doute. Je savais que la maison était acerbe, réputée méchante envers les « wannabee » (ceux qui veulent être et qui ne sont pas encore… et qui ne seront peut-être jamais). On dit souvent que ce sont les stagiaires qui se chargent d’assassiner l’auteur amateur, histoire qu’il ne recommence pas ses conneries. Panpan cucu sur le chiwawa !

Mais en bon écrivain prétentieux, plein d’espoir et de naïveté, on se dit qu’on n’est pas comme les autres, qu’on a peut-être une petite chance.

Haaaaaa

Haaaa la petite chance. Comme si tous les aspirants en littérature ne croyaient pas l’avoir, cette petite chance, moi la première.

Comme promis, la réponse est arrivée vite et bien : moins d’un mois. Je vous la livre à sec (enfin, je sens que je vais m’imbiber très vite. Aujourd’hui, soyons fous, je me saoule au tiramisu).

                   M.lle,

                   Nous avons lu votre manuscrit, qui n’a malheureusement pas retenu notre attention.

                   «  Les nouvelles offrent trop souvent les mêmes types de personnages décadents.  Une prose bien triste. Vous gagneriez en substance à porter un regard, non pas moins noire, mais plus large sur le monde environnant »

                   Nous vous proposons de vous le réexpédier par voie postale à réception de la somme de 10 euros blablabla…

Signé Le service des manuscrits Hélène Voisin.

Vous vous dites : « elle a fait une faute, Isa, faut pas de E à noir ! ».

La faute est dans le texte !!! Ça c’est une vengeance basse et puérile : traquer la faute d’orthographe. ET IL Y EN A UNE, HELENE VOISIN, HA HA HA HA !

Commerce oblige : le courrier est accompagné d’un bon de commande. Véridique ! Comme si une scribouillarde guillotinée avait encore la tête à lire d’autres auteurs publiés, eux ! (Vous voyez que je suis fun, Hélène, je fais des jeux de mots).

Entre guillemets (ceux que j’ai mis plus haut), le texte écrit à la main qui s’insère dans la lettre-type.

Mon cœur balance…

J’hésite : rire ou me suicider.

Rions d’abord : visiblement, Hélène a lu en diagonale. Certes, la plupart des nouvelles sont mélancoliques, cruelles, noires, appelez–les comme vous voulez. Mais pas seulement. On rit beaucoup aussi : ce n’est pas moi qui le dis, ce sont mes lecteurs. Ouiiiiiiiiiiiii, mes lecteurs ne sont pas objectifs (mon chéri, mes copines, …). J’ADORE MES LECTEURS PAS OBJECTIFS. Le premier qui touche à mes lecteurs pas objectifs, je lui envoie une lettre du Dilettante.

Ensuite, pourquoi pas ? C’est tout à fait ma démarche : un petit monde à décrire où se déroulent des tragédies plus grandes que nos cages d’escaliers et qui côtoient parfois la légèreté absurde ou la magie du hasard. Oui j’accepte l’avis de cette pauvre Hélène, pour la moitié de mon recueil (celle qu’elle a lue … à moitié). J’élargirai mon regard dans une autre œuvre, de tiroir ou pas.

J’avance, je tiens compte, je cogite.

En attendant, je vise l’indigestion mascarponienne et le coma éthylique avec mon tiramisu. Puis je me suiciderai. Ou pas.

Ma vie d’écrivain maudit Chapitre 3

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Rage et désespoir

Mes propos risquent d’être incohérents ; je n’ai plus toute ma sobriété.

Bien que je n’aie plus de mazarelli dans le frigo, j’ai réussi à noyer mon chagrin. Tant qu’à sombrer dans le pathétique, j’ai cumulé la pochtronnerie (ce mot n’existe pas et je m’en fous), la crise de foie et la reprise de mon léger surpoids : je me suis saoulée aux Mon Chéri. J’adoooooore !

« Mais pourquoiiiiiii ? »,  me direz-vous ? (ne hurlez pas, j’ai mal à la tête).

Ne passons pas par quatre chemins (je n’ai pas le sens de l’orientation), mon recueil de nouvelles a été refusé par Luce Wilquin. Bouhouhou (là je pleure. Je le fais bien, hein ?)

Les raisons de cette injustice ?

Oooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooh, (le bourré a souvent des temps d’arrêt interminables dans sa conversation).

Oooooh, je disais donc, ce n’est pas que mon manuscrit est nul ou qu’il ne correspond pas à la ligne éditoriale, MAIS ! (silence du bourré).

Mais trop de nouvelles tuent la nouvelle, ils n’en lisent plus chez Luce Wilquin. Pour preuve, le mail reçu à l’instant. Extrait, maestro :

                             Chère Madame,

Bon, déjà, ça commence mal. Je suis une mademoiselle.

                             Nous vous remercions pour l’envoi de votre manuscrit.

Mais de rien, mon chéri.

                             Nous devons malheureusement vous dire que des recueils de nouvelles nous parviennent quotidiennement, alors que nous en publions deux ou trois par an seulement. Nous sommes donc contraints de renoncer temporairement  à les prendre en considération, car il n’y a aucune « place » disponible dans notre programme avant deux ans au moins… Désolés!

                             Nous vous adressons nos salutations les meilleures.

Quoi ? On ose me dire non sans m’avoir lu ! Je m’insurge.

Zzzzzzzzzzzzzzzzzzzz. Je cuve un peu et je me calme.

Vous savez ske j’y ai répondu au monsieur des manuscrits de Luce Wilquin :

                             Quel dommage, mon recueil est si bien !

Si si je vous jure, j’ai osé.

Ok, j’ai précisé que je plaisantais (quoique). J’y ai dit aussi au monsieur des manuscrits de Luce Wilquin que je lui enverrai un roman alors.

…………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………. 

Bon ben, il me reste plus qu’à l’écrire.

Pfffffou, faut vraiment que j’arrête les Mon Chéri.

En voilà une nouvelle qu’elle est bonne !

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Ha ben ça alors. Ou j’ai rien compris, ou la Police de Liège est une petite coquine.

Hier après-midi, je rentre chez moi, éreintée par une journée de dur labeur (retrouver les collègues, accueillir les élèves, papoter avec les collègues, acheter un sandwich, pouh ! Je suis crevée).

Bref, j’atteins tant bien que mal ma boîte aux lettres et là, oh surprise, une grosse enveloppe de la Police de Liège.

Qu’est-ce que j’ai encore fait ? que je me dis, pessimiste.

Mais rien, mes amis, rien! Ou plutôt, rien d’illégal. Quelque chose de culturel même. J’en ai déjà parlé  sur ce blog, mais j’ignorais que le produit de mon imagination lubrique allait trouver sa (petite) place dans une édition chez Luce Wilquin, dame Wilquin, maîtresse Wilquin !

Ma nouvelle « Au suivant » est donc publiée dans le recueil collectif « Strip-tease » suite au concours du même nom organisé par la Police de Liège.

J’ai le droit de me la péter, non, au moins une soirée ? Alleeeez.

Au passage, je note qu’un visiteur de mon blog est repris dans les lauréats. Je cite : Daniel Fattore. Hasard ou Monsieur est plus vif que votre dévouée ? Je pense qu’il est plus vif. D’ailleurs, il a déjà publié un article sur son blog à propos de notre publication commune.

Félications Monsieur Fattore.

En vente dans toutes les bonnes librairies évidemment (même les mauvaises, on s’en fout, après tout, tant que le livre est bon) au prix de 14€.

Journal d’écriture 2

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Doute….

Ma voici fin prête à envoyer mon manuscrit.

Je l’ai relu, pas de fautes, de belles tournures de phrases, de grandes métaphores, des histoires à couper le souffle (enfin surtout la quatrième…)

Quinze nouvelles sur nos quotidiens cruels, où l’ennui répétitif des jours côtoie l’horreur la plus sordide.

Tous ceux qui les ont lues les trouvent absolument époustouflantes : mes amis, mes parents, mon chéri, ma fille, mon chien…

Enfin… je n’ai pas tant d’amis que ça. Et ils ne se jettent pas par terre devant mon talent camusien de peinture  de la profondeur de la vie et mon sens proustien de la grammaire poétique. C’est possible, des amis pareils ?

Mes parents ? Ne l’ont pas encore lu. De toute façon, tant que je ne passerai pas à Apostrophes, ma mère n’admettra pas que je suis écrivain.

–          Ça n’existe plus, Apostrophes, maman

–          Bouillon de culture, alors ?

–          …

–          Ex-libris ?

–          Pffff.

Mon chéri ? Il adore quand j’écris, que je fais des roulés de cabillaud au gingembre, quand je range la vaisselle propre du lave-vaisselle à l’armoire, quand je change les meubles du salon de place, quand je monte une armoire Ikéa toute seule, … Objectivité sur l’échelle de Richter ? 0,5

Ma fille ? Elle ne sait pas encore lire. Tout est dit.

Mon chien ? Je n’ai pas de chien.

Alors, je doute.

Est-ce que j’ai bien fait de mettre cette nouvelle en premier ? Est-ce que j’ai laissé une faute, une coquille, un message subliminal involontaire (vite, je relis tout pour la 56ème fois). Est-ce que j’en fais assez ? Est-ce que j’en fais trop ?

Je tombe dans un vertige hitchcockien. Vous savez celui où on voit le personnage de haut, les 4 fers en l’air, happé au niveau des fesses par le tourbillon des turpitudes de son esprit dérangé, les yeux révulsés, un cri ininterrompu entre les dents ?

Ben ça, c’est ce que je vis !

Je vais arrêter de me lamenter non ? Je vais imprimer ce putain de manuscrit, le relire une 57ème fois, filer chez Copy print le photocopier en 5 exemplaires, le relier avec une spirale noire (j’aime bien les noires , moi), acheter des grosses grosses enveloppes avec des bubulles et l’envoyer !

Rendez-vous dans 6 mois pour un bilan des affaires : dépression ou champagne ?  Champagne de toute façon, vu que je suis une alcoolique notoire.

Quoi qu’il arrive, donc,

CHAMPAGNE !

P.S. : Je suis sûre que, si j’ai un commentaire, ce sera pour me demander la recette de mes roulés de cabillaud au gingembre. Alors c’est non tout de suite. Secret d’état. Bon, seulement si vous êtes ma mère alors. Sinon, c’est non.

Ma vie d’écrivain maudit Chapitre 1

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Parce que l’écriture c’est mon actu et que je viens de me faire flinguer par une maison d’édition.

Aïe

 J’ai envie de partager ma douleur, mon spleen, ma soul.

Ami lecteur, confident bloguien, sache qu’il y a quelque temps, j’étais une jeune auteure en vogue, hyper branchée et sollicitée. Et oui, en novembre 2010, j’ai publié dans une grande maison d’édition nationale mon œuvre « Passage de mémoire ».

 Enfin… ma nouvelle a été publiée.

Dans un recueil collectif.

Par une asbl liégeoise.

 Oh ça va ! N’empêche que j’ai participé à une impressionnante conférence de presse à propos de mon bouquin.

En fait c’était une rencontre littéraire entre les auteurs du recueil à la librairie de l’asbl.

 Mais il y avait un journaliste du Soir, nom de nom.

Oui, c’était un des auteurs du recueil, mais c’est un détail.

 J’ai signé des autographes, moi Monsieur !

Enfin, on s’est dédicacé mutuellement le recueil.

 Néanmoins, j’ai plein de projets. Je suis en contact avec une maison d’édition parisienne de livres numériques enrichis. Enfin j’étais. Le directeur de collection vient de me conseiller de me tourner vers l’édition papier. Walrus, pour ne pas la citer, est un studio de création et d’édition de livres numériques enrichis. Sa vocation est de, je cite, proposer à ses lecteurs et clients des livres numériques innovants et immersifs, dont le texte est augmenté de contenus multimédia et interactifs. En créant une expérience de lecture nouvelle, Walrus lance l’édition sur des pistes inédites.

 Complètement insipide ce projet, n’est-ce pas ?

 Bref, après m’avoir fait retravailler mon roman pour enfants pendant  trois mois, ils me proposent de le faire éditer chez Gallimard Jeunesse. Enfin, ils me conseillent sagement de leur envoyer. Ils m’envoient à la merte oui !

Baudelaire, Rimbaud et moi

Du coup, je suis devenue un auteur maudit. J’ai les cheveux en batailles, un foulard en soie autour du cou et une redingote noire. J’ai caché une flasque de Mazarelli dans mon sac et je fume l’opium le soir dans un bouge malfamé d’Hautrage-Etat (petit bled perdu au fin fond du Hainaut).

Ressaisissez-vous Josiane

Par contre j’ai une inspiration de dingue. Je suis sur trois créations de grande envergure. D’abord, je compte continuer dans la littérature de jeunesse. En prenant le train hier pour aller me prostituer à la prison de Mons, j’ai eu une idée lumineuse : l’histoire d’un jeune orphelin, souffre-douleur de son oncle et de sa tante, qui découvre qu’en fait il est un sorcier.  Il va vivre des aventures extraordinaires dans sa nouvelle école de sorcier et  combattre un méchant dont-je-n’ai-pas-encore-trouvé-le-nom.

 Ensuite, j’ai une idée de roman pour adultes : l’histoire d’une femme de chambre immigrée qui se fait  violer par un homme d’affaire puissant dans un hôtel new yorkais. Je n’ai pas encore décidé si elle va se faire broyer par la machine judiciaire américaine,  si elle va tomber amoureuse de l’homme d’affaire ou si au final elle deviendra une espèce d’Erin Brockovich guinéenne en faisant condamner à 125 ans de prison l’homme le plus puissant du monde.

 Je pense aussi à un récit d’anticipation : je vous raconte ? Dans un lieu incertain, à  une époque indéterminée, un immense raz-de-marée se met  à envahir la terre, rayant de la carte des villages entiers.  Une centrale nucléaire est touchée, menaçant à tout moment d’exploser. Le monde entier est suspendu aux lèvres de la présentatrice du JT, au moins pendant deux semaines. Mais surgit un événement complètement inattendu qui va bouleverser les spectateurs et leur faire oublier complètement la menace apocalyptique : un mariage princier. On ne pense plus qu’à la couleur du chapeau de la reine mère, au décolleté de la belle-sœur du marié, à la destination de la lune de miel. Si bien qu’on en oublie complètement que les réacteurs sont en fusion et que tout va mal en Centralie Nucléria.

Mais là, j’ai des doutes sur la crédibilité de l’intrigue. Je n’ai pas envie de me faire refouler une nouvelle fois par un éditeur bien intentionné.

Et si je devenais critique littéraire ?

En attendant, je devrais peut-être me contenter de faire la critique des autres auteurs, ceux qui PUBLIENT. Comme cette chère Sue Bentley. Ben oui, vous ne connaissez pas Sue Bentley ? LA célèbre auteure des « Chatons magiques ». Ça c’est de la littérature de jeunesse. Un petit chat qui a des pouvoirs magiques et qui se retrouve loin de chez lui, chez les humains parce que son oncle a pris sa place sur le trône et qu’il veut tuer le petit chaton gentil.

 Demain j’envoie mon tapuscrit à Pocket Jeunesse et s’ils le refusent, je lui explose sa truffe,  au chaton magique, et pas à l’aide d’un repousse-chat électronique (oui, j’ai un repousse-chat électronique dans mon jardin, je vous expliquerai un jour). Je lui envoie des cailloux magiques, je lui fracasse la queue avec ma flasque de Mazarelli. Bon j’arrête là, une demande d’ami vient de m’arriver sur Facebook. Une certaine Brigitte B. J’ai des doutes sur ses intentions « amicales ».

 P.S. : Mon correspondant chez Walrus était Julien Simon, qui, je dois l’avouer, a été exemplaire. Les insultes, les regrets, les tentatives de suicide sont purement humoristiques.

Re-P.S. : Depuis, Monsieur Gallimard a refusé ma saga pour enfants. Frustration …

Re-re-P.S. : Pas de nouvelles de Madame Pocket. Espoir ? Je retire tout ce que j’ai dit sur les chatons magiques.

 

Journal d’écriture 1

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Spleen…

 Je viens de terminer mon recueil et je me sens orpheline. Treize nouvelles sur la solitude et la douleur de l’absence : Le manège immuable des amertumes.

J’y décèle mes thèmes de prédilection : la mère, l’amour, le couple, la violence, la folie, la vie ordinaire, l’ennui…

Je commence déjà à regarder mon œuvre (œuvre dans le sens étymologique du terme bien sûr), mon travail, comme un ovni, un objet lisse qui ne m’appartient plus.

J’y ai mis de moi, de mes fantasmes, de mes muscles aussi (quelle idée de pianoter, l’ordinateur sur les genoux, dans un vieux canapé !), de mes peurs, de mes questionnements.

 J’ai corrigé, relu, relu encore. J’ai montré chaque nouvelle à mon homme. J’ai envoyé l’ensemble à mes amis. Et je me retrouve toute seule avec la fièvre qui m’habite encore, celle qui vous empêche de dormir parce que la plus belle phrase de la littérature de ces trois derniers siècles vient de vous transpercer l’esprit, celle qui vous cloue aussi vite dans le sommeil, épuisé et qui vous nargue le matin parce que votre métaphore proustienne s’est échappée. Perdue la phrase Goncourt !

 J’ai cette sensation-là dans la nuque et la poitrine. J’ai un trop-plein de mots et des émotions à mettre en musique mais j’ai égaré mes échéances. J’ai accouché et je suis en plein post-partum littéraire. Je devrais dire en plein post-scriptum, mais l’expression existe déjà, pour autre chose.

 Voilà ce que je fais, en rédigeant cet article, la première date de mon journal d’écriture : j’écris un post scriptum, pour garder encore un tout petit bout de l’ivresse d’écrire avant la fin, avant de couper le cordon de mon bébé.

J’attendrai les commentaires avisés de ma famille choisie, puis je livrerai cette partie de ma vie aux chemins de la poste.

Allez, j’ose et demain je serai gaie.