Secret de famille

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Pour cette première bloguienne de J’ai essayé pour vous, je m’attaque à un thème éculé et éprouvé à plus va.

Quelle drôle d’expression « à plus va ». Si le Monsieur à droite (voir un article précédent) possède une étymologie complète, qu’il me contacte au plus vite, je n’en ai trouvé aucune sur Google.

Ha oui, mon sujet. Excusez-moi, j’ai une petite tendance à la digression. Alors, mon sujet traite d’un personnage hautement renommé, moqué et néanmoins chéri par des milliards d’adeptes du polar pour touristes de maison de retraite. Je propose cependant une expérimentation inédite, eu égard à mon angle d’analyse absolument personnel (vous allez comprendre). Aujourd’hui, j’ai essayé pour vous de regarder un épisode de Derrick.

Bon, pour rappel, pour ceux qui habiteraient en Alaska du Nord-Est (bienvenus sur mon blog, alaskaïtes) et qui ignoreraient encore l’existence du célébrissime inspecteur, Derrick est une espèce de télépersonnage, allemand de son état (l’Allemagne, bien sûr), toujours accompagné de son non moins célèbre acolyte Harry Klein. On ne parle pas assez de Harry Klein… D’ailleurs je n’en parlerai pas.

La série comprend, tenez-vous bien, 281 épisodes répartis en 25 saisons. Voilà pour la partie informative.

Narratologie

Passons maintenant au contenu émotionnel.

La majorité des meurtres et autres complots sordides se passent essentiellement à la Bundestrasse de Munich. L’univers de Derrick est peuplé de prostituées étranglées, de SDF alcooliques pédophiles, de chômeurs suicidaires cul-de-jatte, de riches industriels adeptes de gang bang et de dealers proxénètes professeurs de danse cubaine. Oui je sais c’est horrible.

Pourtant, si comme moi, vous devenez complètement derrickomaniaque, voire derrickomane, addicted to Derrick, BREF, si vous tombez par hasard sur un épisode de Derrick lors d’une après-midi de désœuvrement devant le programme de France 2 (ou France 3, ça varie), vous bannirez à tout jamais de votre vocabulaire la liste de mots suivants : virevoltant, tourbillonnant, étourdissant, impétueux, frénétique, bouillonnant, désopilant, cocasse, pétillant, ébouriffant, bondissant, esbaudifiant.

En effet, sachez qu’en Rhénanie occidentale, un épisode de Derrick est prescrit toutes les heures comme alternative homéopathique aux benzodiazépines.

Je peux en témoigner personnellement. Lors de ma grossesse en 2004-2005-2006, j’ai littéralement ingurgité l’intégrale des 25 saisons de l’inspecteur Derrick. Et bien je n’ai jamais vu un seul épisode en entier ! Je ne connais aucun dénouement aux multi-meurtres d’enfants séquestrés par de vieilles dames bi-polaires. Je me suis toujours endormie avant la fin. TOUJOURS. Et tout ce que je dis est vrai (ou pas).

Aaah

Une fois je me suis réveillée.

Derrick enquêtait sur le meurtre d’une jeune étudiante en dramaturgie, obligée de vendre ses charmes à un boucher amateur de photos pornos. Choquée, au bord de la nausée (à moins que ce ne soit les effets de la grossesse intra-utérine ?), j’ai rampé laborieusement sur le dos vers ma télécommande, j’ai réussi – J’AI REUSSI – à zapper sur une autre chaîne, et là, j’ai cru tomber dans un cauchemar hallucinatoire, dans une réalité alternative : sur la Une (première chaîne nationale belge francophone), le même épisode, avec la même étudiante obligée de vendre ses mêmes charmes au même boucher amateur de mêmes photos pornos se déroulait sous mes yeux ébahis.

J’ai crié.

Problème

Derrick est pour moi une énigme, une antithèse psychologique, un oxymore affectif, un dilemme thérapeutique. J’oscille sans cesse entre une vénération abjecte teintée de désir bigleux et la tentation abyssale d’un sommeil hypnotique mêlée de répulsion phobique.

Résolution

Tout cela a une explication bien sûr, que je compte vous donner ce soir (ou ce matin, ou… tout dépend de l’heure à laquelle vous lisez cet article). Ainsi, je serai enfin libérée du terrifiant secret de famille que je pense avoir mis à jour depuis peu.

Allez, je me lance : je soupçonne ma mère, ma propre mère, la chair de sa chair (ben oui, est-ce qu’on peut dire la chair de « ma » chair en parlant de sa mère, c’est ambigu), d’avoir entretenu une relation passionnée avec l’interprète du cultissime inspecteur.

Je suis la fille cachée de Horst Tappert.

Excusez-moi. Il m’est maintenant très difficile de poursuivre. D’autant que la rencontre avec le mi-auteur de mes jours n’aura jamais lieu. Papa nous a quittés…

J’espère que vous ne me tiendrez pas rigueur de cet intermède émotionnel peu professionnel. C’est ce qui fait aussi mon charme : ma sensibilité et ma fraîcheur.

SI, JE SUIS FRAÎCHE !

Rendez-vous … le mois prochain (on va dire que c’est un billet mensuel pour l’instant) pour une nouvelle vérification en milieu donné.

A bon lecteur, salut et à dada.

 

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  1. « à plus va » : expression qui n’a pas d’étymologie, mais bien une éthymologie. En effet, comme chacun le sait, cette tournure des mots est née grâce à de brillants étudiants en éthylologie, l’étude de l’alcool. Une branche spécifique de cette discipline est appelée « l’éthymologie » : l’étude de la langue éthylique, c’est à dire la langue des personnes alcoolisées. Nous reconnaissons facilement certains dialectes comme « mhmnh rg brrrrrrr  » : le sans-voyelles, ou encore le « aie euuuu iiiié euuuuh e ooooo ââââaa » : le sans-consonnes. Au début des années 90, grâce aux étudiants éthymologues du Chige2 à Louvain-la-Neuve, la fameuse expression « à plus va » est rentrée dans l’usage courant. La légende voudrait qu’en pleine régurgitation de son produit d’étude, un docteur ès éthymologie a sorti le fameux « à plus va ». Nous reconnaissons ici le langage mixte « mélange-oubli de lettres » car il voulait dire « ça ne va plus ». C’est à ce moment qu’un de ces condisciples à ironiquement sorti « Ca ne va plus, car il a bu à plus va »… Et l’expression est ainsi devenue populaire.

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